# Retraite supplémentaire : un complément facultatif pour augmenter sa pension
Face à l’érosion progressive du pouvoir d’achat des pensions de retraite issues des régimes obligatoires, la question du maintien de votre niveau de vie après la cessation d’activité professionnelle devient cruciale. Le système français de retraite repose aujourd’hui sur trois piliers : la retraite de base gérée par la CNAV, la retraite complémentaire obligatoire comme l’Agirc-Arrco pour les salariés du secteur privé, et enfin la retraite supplémentaire facultative. Ce troisième étage de la fusée retraite, bien que non obligatoire, s’impose progressivement comme une nécessité pour compenser la baisse du taux de remplacement observée ces dernières années. Selon les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites, un cadre supérieur peut voir son taux de remplacement chuter sous la barre des 50%, rendant l’épargne retraite complémentaire indispensable pour préserver son train de vie.
Les dispositifs d’épargne retraite facultative : PERP, PERE et PER
L’univers des produits d’épargne retraite supplémentaire s’est considérablement enrichi et complexifié au fil des réformes successives. Aujourd’hui coexistent des dispositifs anciens progressivement fermés à la commercialisation et de nouveaux produits nés de la loi PACTE de 2019. Chaque solution présente ses propres caractéristiques en termes de fiscalité, de souplesse de gestion et de modalités de sortie. Comprendre ces différences vous permettra de choisir l’outil le plus adapté à votre situation professionnelle et à vos objectifs patrimoniaux. Les établissements bancaires, compagnies d’assurance et organismes de prévoyance proposent une gamme étendue de contrats, avec des niveaux de frais et de performance très variables selon les gestionnaires.
Le plan d’épargne retraite populaire (PERP) et ses spécificités fiscales
Le PERP constitue historiquement l’un des premiers dispositifs individuels d’épargne retraite accessible à tous les contribuables français, quel que soit leur statut professionnel. Créé en 2003, ce produit n’est plus commercialisé depuis octobre 2020, mais les contrats existants continuent de fonctionner normalement. Son principal atout réside dans la déductibilité fiscale des versements volontaires effectués chaque année, dans la limite d’un plafond calculé selon vos revenus professionnels. Les sommes épargnées sont bloquées jusqu’à votre départ en retraite, sauf cas de déblocage anticipé strictement encadrés par la législation. À l’échéance, le PERP impose une sortie exclusivement en rente viagère, ce qui peut constituer une contrainte pour les épargnants souhaitant récupérer leur capital en une fois. Les rentes perçues sont alors soumises à l’impôt sur le revenu selon le régime des pensions, après application d’un abattement forfaitaire de 10%.
Le plan d’épargne retraite entreprise (PERE) et ses modalités de versement
Le PERE, également connu sous l’appellation d’article 83 en référence au Code Général des Impôts, représente un contrat collectif souscrit par l’entreprise au bénéfice de tout ou partie de ses salariés. Ce dispositif à adhésion obligatoire permet à l’employeur et au salarié de cotiser conjointement pour constituer un complément de retraite. Les versements obligatoires de l’entreprise s’aj
outent, exonérés de cotisations sociales (hors CSG-CRDS et forfait social selon la taille de l’entreprise), sont déductibles du résultat imposable de l’entreprise. De leur côté, les cotisations salariales sont déductibles du revenu imposable du salarié, dans certaines limites. Le PERE fonctionne sur un principe de cotisations définies : le taux de cotisation est connu à l’avance, mais le montant de la pension future dépendra des sommes versées et des performances des supports financiers. Comme pour le PERP, les sommes sont en principe bloquées jusqu’à la retraite, avec une sortie majoritairement en rente viagère, même si une sortie partielle en capital peut être prévue dans certains cas (notamment pour les « petits » montants).
Le nouveau plan d’épargne retraite (PER) selon la loi PACTE
Entré en vigueur en 2019, le Plan d’Épargne Retraite (PER) a profondément refondu le paysage de la retraite supplémentaire. Il remplace progressivement les anciens dispositifs comme le PERP, le Madelin, le PERCO ou l’article 83, qui ne sont plus commercialisés mais restent gérables et transférables. L’objectif du PER est double : simplifier l’épargne retraite et la rendre plus attractive, grâce à une architecture commune et une plus grande portabilité des droits. Concrètement, le PER se décline en trois compartiments : le PER individuel (PERIN), le PER d’entreprise collectif (PERCOL) et le PER d’entreprise obligatoire (PEROB).
Le grand avantage du PER est de permettre, dans la plupart des cas, une sortie en capital, en rente viagère ou un mix des deux au moment de la retraite, ce qui offre une souplesse inconnue des anciens produits comme le PERP. Les versements volontaires peuvent être déduits de votre revenu imposable dans la limite de votre plafond d’épargne retraite, ce qui en fait un outil puissant d’optimisation fiscale pour les contribuables fortement imposés. En contrepartie, la fiscalité à la sortie dépendra du choix effectué (capital ou rente) et de l’option fiscale retenue à l’entrée. Le PER est par ailleurs entièrement portable : vous pouvez transférer vos anciens contrats (PERP, Madelin, article 83, etc.) vers un PER pour regrouper votre épargne retraite au sein d’un seul enveloppe plus lisible.
Les contrats madelin pour les travailleurs non-salariés
Les contrats Madelin ont été conçus spécifiquement pour les travailleurs non-salariés (TNS) : artisans, commerçants, professions libérales, gérants majoritaires de SARL, etc. Leur objectif était de compenser la relative faiblesse des régimes obligatoires des indépendants en matière de retraite. Comme le PERP, les contrats Madelin ne sont plus commercialisés depuis octobre 2020, mais ils peuvent continuer à être alimentés et, surtout, transférés vers un PER si vous souhaitez bénéficier des nouvelles règles de sortie plus souples. Les cotisations versées dans un contrat Madelin sont déductibles du bénéfice professionnel dans la limite d’un plafond spécifique, plus élevé que celui applicable aux salariés.
En pratique, le contrat Madelin imposait des cotisations régulières (au moins une fois par an) et une sortie exclusivement en rente viagère, ce qui pouvait être vécu comme contraignant par certains indépendants. À la liquidation, la rente est imposée comme une pension de retraite. Le passage au PER permet aux travailleurs non-salariés de bénéficier d’une enveloppe plus flexible, avec la possibilité de privilégier une sortie en capital, par exemple pour financer un projet patrimonial ou compenser une baisse de revenus au moment du départ à la retraite. Si vous êtes TNS et disposez encore d’un ancien Madelin, se poser la question du transfert vers un PER est souvent pertinent.
Le PERCO et l’intéressement aux bénéfices de l’entreprise
Le PERCO (Plan d’Épargne pour la Retraite Collectif) était un dispositif d’épargne salariale à long terme, alimenté notamment par la participation, l’intéressement et les versements volontaires du salarié, éventuellement complétés par un abondement de l’employeur. Remplacé par le PERCOL dans le cadre de la loi PACTE, il n’est plus ouvert à la commercialisation, mais les plans existants continuent de fonctionner. L’un de ses intérêts majeurs résidait dans la possibilité de bénéficier d’un abondement de l’entreprise, qui vient augmenter l’épargne sans effort supplémentaire pour le salarié, ainsi que dans un cadre fiscal et social avantageux sur les sommes investies.
Comme pour les autres dispositifs d’épargne retraite, l’épargne du PERCO est en principe bloquée jusqu’au départ à la retraite, mais des cas de déblocage anticipé existent (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, etc.). À l’échéance, la sortie pouvait se faire en capital, en rente viagère ou en combinant les deux, un atout déjà très apprécié avant la réforme du PER. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises migrent progressivement leurs PERCO vers des PER collectifs, afin de profiter d’une réglementation unifiée et de faciliter la portabilité des droits pour les salariés qui changent d’employeur. Là encore, un arbitrage s’impose pour savoir si vous avez intérêt à transférer vos anciens avoirs vers un PER plus récent.
La déductibilité fiscale des cotisations volontaires
La fiscalité constitue l’un des principaux moteurs de la retraite supplémentaire. En effet, que ce soit via un PER individuel, un PER d’entreprise ou encore des reliquats d’anciens contrats, la plupart des produits permettent de déduire les cotisations volontaires de votre revenu imposable. En d’autres termes, vous bénéficiez d’une économie d’impôt immédiate en contrepartie du blocage de votre épargne jusqu’à la retraite. Pour optimiser cette stratégie, encore faut-il bien comprendre les plafonds applicables et les règles de report, ainsi que l’impact de votre tranche marginale d’imposition (TMI).
Le plafond annuel de déduction selon le revenu professionnel
Le montant des cotisations déductibles au titre de l’épargne retraite facultative est plafonné chaque année. Pour les salariés, ce plafond correspond à 10 % des revenus professionnels nets de l’année précédente, retenus dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), ou, si c’est plus favorable, à 10 % du PASS. Ce plafond figure clairement sur votre avis d’impôt sur le revenu dans la rubrique « Plafond épargne retraite ». Pour un salarié percevant un revenu de 50 000 € par an, l’enveloppe de déduction peut ainsi représenter plusieurs milliers d’euros chaque année.
Les travailleurs non-salariés bénéficient d’un mécanisme un peu différent, plus généreux, tenant compte de la variabilité de leurs revenus et de la moindre générosité de leurs régimes obligatoires. Le plafond TNS combine une fraction du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS et une composante fixe basée sur le PASS. Dans tous les cas, l’intérêt de la déduction est d’autant plus fort que votre TMI est élevée : un contribuable imposé à 41 % qui verse 5 000 € sur un PER peut économiser plus de 2 000 € d’impôt. N’est-ce pas un levier intéressant pour transformer un impôt subi en épargne retraite choisie ?
L’optimisation fiscale par le différé d’imposition
La retraite supplémentaire permet de jouer sur le différé d’imposition : vous réduisez votre impôt aujourd’hui, lorsque vos revenus sont élevés, pour être imposé plus tard, à la retraite, lorsque vos revenus (et donc votre taux marginal d’imposition) seront généralement plus faibles. Cette mécanique s’apparente à un « lissage » de votre charge fiscale sur l’ensemble de votre vie active. Dans le meilleur des cas, vous cumulez une économie d’impôt à l’entrée et une imposition modérée à la sortie, ce qui améliore nettement le rendement net de votre épargne retraite.
Bien sûr, cette stratégie suppose d’anticiper votre situation future : serez-vous propriétaire de votre résidence principale ? Aurez-vous remboursé vos principaux crédits ? Quel sera votre niveau de dépenses à la retraite ? En répondant à ces questions, vous pouvez calibrer le montant de vos versements volontaires sur PER pour qu’ils correspondent à vos besoins et à votre capacité d’épargne. Une bonne approche consiste souvent à augmenter progressivement vos cotisations à mesure que votre revenu grimpe, afin de profiter au mieux des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu, tout en évitant d’excéder un niveau d’épargne qui mettrait en tension votre budget courant.
La mutualisation des plafonds au sein du foyer fiscal
Peu d’épargnants le savent, mais il est possible de mutualiser les plafonds d’épargne retraite au sein d’un même foyer fiscal. Concrètement, si votre conjoint n’utilise pas ou peu son propre plafond, vous pouvez en bénéficier pour augmenter le montant de vos versements déductibles. Cette règle peut s’avérer particulièrement intéressante dans les couples où un des conjoints dispose de revenus élevés et l’autre de revenus plus modestes voire d’une activité à temps partiel.
Cette mutualisation fonctionne également avec les plafonds non utilisés des trois années précédentes. Si vous n’avez pas réalisé de versements sur des produits de retraite supplémentaire pendant plusieurs années, vous disposez peut-être d’une réserve de déduction significative à exploiter. C’est un véritable « stock » de capacité fiscale qui peut être mobilisé, par exemple, à l’approche de la retraite ou lors d’une année de revenus exceptionnellement élevés (prime importante, plus-value, etc.). Dans ce type de situation, recourir à une simulation avec un conseiller ou un simulateur en ligne peut vous aider à piloter finement l’utilisation de vos plafonds.
Les modes de sortie en capital ou en rente viagère
Une fois la phase de constitution achevée, vient le moment de la liquidation de votre retraite supplémentaire. C’est une étape clé, car le choix entre une sortie en rente viagère, en capital ou mixte conditionne directement le montant et la régularité de vos revenus futurs. Là encore, la loi PACTE et la généralisation du PER ont profondément élargi le champ des possibles. Comment arbitrer entre sécurité d’une rente garantie à vie et souplesse d’un capital disponible à tout moment ? Tout dépend de votre situation personnelle, de votre espérance de vie, de vos autres sources de revenus et de votre appétence au risque.
La conversion en rente viagère avec réversion ou temporaire
La rente viagère est le mode de sortie historique des produits d’épargne retraite : votre capital est transformé en un revenu régulier versé jusqu’à votre décès. Le montant de cette rente dépend du capital accumulé, de votre âge au moment de la liquidation, de la table de mortalité utilisée par l’assureur et des options choisies (réversion, annuités garanties, indexation, etc.). Vous pouvez par exemple opter pour une rente avec réversion au profit de votre conjoint survivant, à hauteur de 60 % ou 100 %, mais cette protection supplémentaire réduit le montant de la rente initiale.
Il existe également des formes de rentes temporaires, versées pendant une durée déterminée (10, 15 ou 20 ans, par exemple). Ces rentes, plus élevées que les rentes viagères classiques à capital égal, peuvent être intéressantes pour « lisser » une période de transition, par exemple entre un départ anticipé et le moment où vous percevrez la totalité de vos pensions obligatoires. La comparaison peut se faire comme pour une assurance : préférez-vous une couverture à vie, quitte à percevoir un montant plus faible, ou une rente plus généreuse mais limitée dans le temps ? Une simulation chiffrée vous permettra de visualiser les différents scénarios.
Le déblocage anticipé pour acquisition de la résidence principale
Le PER innove en autorisant, sous certaines conditions, un déblocage anticipé pour l’acquisition de la résidence principale. Cette possibilité ne s’applique pas au compartiment des versements obligatoires (PEROB), mais concerne les versements volontaires et l’épargne salariale. En pratique, vous pouvez retirer tout ou partie de votre épargne avant la retraite pour financer l’achat de votre logement, ce qui en fait un outil hybride entre préparation de la retraite et projet immobilier. La fiscalité applicable à ce retrait anticipé dépendra de la nature des sommes débloquées (capital et plus-values).
Ce mécanisme répond à une réalité : pour beaucoup de Français, devenir propriétaire est un préalable important pour préparer sereinement la retraite. Utiliser une partie de votre PER pour constituer ou compléter votre apport personnel peut ainsi réduire le coût de votre crédit immobilier ou vous permettre d’accéder plus rapidement à la propriété. Attention cependant à ne pas « vider » complètement votre enveloppe retraite pour ce projet : comme un réservoir que l’on vide trop vite, il faudra ensuite le reconstituer, sous peine de fragiliser vos revenus futurs.
La sortie en capital et ses implications fiscales au moment du départ
Avec le PER, il est désormais possible, sauf exception, d’opter pour une sortie en capital au moment de la retraite, en une seule fois ou de manière fractionnée. Cette option séduit de nombreux épargnants qui souhaitent financer un projet important (remboursement anticipé d’un prêt, travaux, investissement locatif, donation à leurs enfants, etc.). Sur le plan fiscal, la partie correspondant à vos versements déduits est imposée au barème de l’impôt sur le revenu (ou, sous conditions, au prélèvement forfaitaire), tandis que les plus-values sont soumises à la « flat tax » de 30 % (prélèvements sociaux inclus).
Pour limiter l’impact fiscal de cette sortie, il peut être judicieux de fractionner le retrait sur plusieurs années, voire de combiner une partie en capital et une partie en rente. Vous pouvez, par exemple, programmer des retraits annuels correspondant à votre besoin de complément de revenu, de façon à rester dans une tranche marginale raisonnable. Tout l’enjeu est d’éviter que la sortie en capital ne vous fasse passer brutalement dans une tranche supérieure d’imposition, ce qui viendrait rogner une partie de l’avantage fiscal obtenu à l’entrée. Là encore, la simulation est votre meilleure alliée pour ajuster le curseur.
Le fractionnement programmé des versements
Au-delà du choix théorique entre capital et rente, de nombreux contrats permettent de mettre en place un fractionnement programmé des versements à partir du capital accumulé. Concrètement, vous définissez un calendrier de retraits (mensuels, trimestriels ou annuels) et un montant cible, un peu à la manière d’un salaire que vous vous verseriez vous-même. Cette solution intermédiaire, située à mi-chemin entre la rente et le capital, offre une grande souplesse : vous gardez la main sur votre capital tout en bénéficiant de revenus réguliers.
Le fractionnement peut aussi s’adapter à l’évolution de vos besoins : augmentation temporaire des retraits pour faire face à une dépense importante, puis retour à un niveau plus modéré ; diminution progressive afin de tenir compte de l’arrivée d’autres revenus (pension de réversion, héritage, etc.). Vu sous un autre angle, on peut considérer le PER comme un « réservoir » dans lequel vous puisez à votre rythme, en essayant de concilier deux objectifs : ne pas le vider trop vite et ne pas laisser dormir une épargne excédentaire qui pourrait être transmise ou consommée de votre vivant.
Les supports d’investissement et unités de compte disponibles
La performance de votre retraite supplémentaire dépend étroitement des supports d’investissement choisis pendant la phase d’épargne. La plupart des PER et anciens contrats sont désormais structurés comme des contrats d’assurance vie multisupports, combinant un fonds en euros sécurisé et des unités de compte plus dynamiques investies en actions, obligations, immobilier (SCPI, OPCI), fonds diversifiés, etc. Plus vous investissez tôt et plus votre horizon de placement est long, plus vous pouvez vous permettre une part significative de supports risqués, susceptibles de générer un rendement supérieur à l’inflation.
La gestion pilotée à horizon, proposée par défaut sur de nombreux PER, consiste à adapter automatiquement la répartition de votre épargne en fonction de votre âge et de votre distance à la retraite. Comme un pilote automatique, elle augmente la part de supports prudents à mesure que la date de départ approche, afin de sécuriser progressivement les gains accumulés. Vous pouvez également opter pour une gestion libre si vous souhaitez choisir vous-même vos fonds, mais cela suppose de suivre régulièrement les marchés et de maîtriser les notions de diversification et de profil de risque. Dans tous les cas, rappelons qu’un rendement plus élevé va de pair avec une volatilité plus importante, et que le capital investi en unités de compte n’est pas garanti.
Le calcul du taux de remplacement et projections de revenus
Pour savoir si votre retraite supplémentaire sera suffisante, il est indispensable d’estimer votre taux de remplacement, c’est-à-dire le rapport entre votre premier revenu de retraite (tous régimes confondus) et votre dernier revenu d’activité. Les études montrent que ce taux a tendance à diminuer, en particulier pour les cadres et les professions à hauts revenus. La retraite supplémentaire joue alors le rôle de « troisième étage » destiné à combler le fossé entre vos pensions obligatoires et le niveau de vie auquel vous êtes habitué. Mais comment projeter concrètement le montant de ces compléments de revenus ?
L’estimation du montant de la pension complémentaire selon l’âge de départ
Le montant de votre pension complémentaire dépend de plusieurs paramètres : âge de départ, durée de cotisation, niveau de versements et performance des supports. Plus vous commencez tôt à épargner, plus l’effort mensuel nécessaire pour atteindre un objectif donné sera faible, grâce à l’effet des intérêts composés. À l’inverse, un démarrage tardif impose souvent des versements plus élevés, à moins d’accepter une baisse de votre revenu futur. C’est un peu comme gravir une montagne : commencer l’ascension au pied de la colline ou à mi-pente n’impose pas le même rythme.
De nombreux assureurs et sites officiels proposent des simulateurs permettant de projeter, pour un certain âge de départ, le montant de la rente ou du capital que vous pourrez espérer selon un scénario de rendement. Attention toutefois : ces simulations reposent sur des hypothèses (taux de rendement, inflation, longévité) qui peuvent évoluer. Il est donc recommandé de les actualiser régulièrement, par exemple tous les deux ou trois ans, pour vérifier si votre stratégie reste cohérente avec vos objectifs. N’hésitez pas à tester plusieurs scénarios (départ à 62, 64 ou 67 ans, augmentation ou réduction des versements, etc.) pour visualiser l’impact de vos choix.
Les tables de mortalité et coefficients de conversion applicables
Lors de la transformation de votre capital en rente viagère, les assureurs utilisent des tables de mortalité publiées par l’INSEE ou par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Ces tables estiment l’espérance de vie moyenne selon l’âge et le sexe, et servent à calculer le nombre théorique d’années pendant lesquelles la rente devra être versée. Plus l’espérance de vie est longue, plus le capital doit être « étalé » dans le temps, ce qui se traduit par un montant de rente annuel plus faible, toutes choses égales par ailleurs.
Les coefficients de conversion, qui transforment un capital donné en rente annuelle, varient également selon les options choisies (réversion, annuités garanties, indexation) et la date de liquidation. Il est donc possible que deux assurés ayant accumulé un capital similaire obtiennent des rentes très différentes, simplement parce qu’ils liquident leur retraite à des âges différents ou avec des garanties supplémentaires. Comme souvent en assurance, il s’agit d’un arbitrage entre niveau de protection et montant des prestations : plus vous sécurisez l’avenir (pour vous et vos proches), plus le coût actuariel de ces garanties se répercute sur la rente servie.
La simulation des versements programmés et rendement actuariel
Au-delà du simple montant de la rente, il est utile de s’intéresser au rendement actuariel de votre retraite supplémentaire : en d’autres termes, quel est le « taux de retour » implicite de vos cotisations sous forme de prestations futures ? Ce calcul, complexe, prend en compte vos versements, leur durée, les frais de gestion, le rendement des supports financiers et la probabilité de survie à chaque âge. Une manière plus intuitive d’aborder la question consiste à simuler différents scénarios de versements programmés et de performance, puis à comparer le cumul des rentes perçues (ou des capitaux retirés) avec les sommes investies.
Ces simulations permettent, par exemple, de répondre à des questions comme : « Si j’augmente mes versements de 100 € par mois à partir de 45 ans, de combien mon revenu de retraite sera-t-il majoré ? » ou « Quel taux de rendement annuel implicite obtiendrai-je si je vis jusqu’à 90 ans ? ». Bien sûr, l’avenir est par nature incertain, mais ces projections vous donnent une boussole pour orienter vos décisions. Elles montrent aussi l’intérêt de démarrer tôt et de rester régulier dans vos versements : comme une épargne goutte à goutte qui remplit progressivement un réservoir, chaque versement compte, surtout lorsque le temps travaille pour vous.
La portabilité et transférabilité entre contrats retraite
Dernier point essentiel de la retraite supplémentaire moderne : sa portabilité. Dans un monde professionnel où les carrières sont de plus en plus mobiles et fragmentées, il était indispensable de permettre aux épargnants de transférer facilement leurs droits d’un contrat à l’autre. C’est précisément l’un des apports majeurs du PER : tous vos anciens produits d’épargne retraite (PERP, Madelin, article 83, PERCO, Préfon…) peuvent, en principe, être transférés vers un PER, individuel ou collectif, afin de regrouper votre épargne et d’en simplifier la gestion.
Les frais de transfert sont strictement encadrés par la réglementation et deviennent nuls au-delà d’une certaine ancienneté (5 ans pour les PER, 10 ans pour certains anciens contrats). Avant d’engager un transfert, il convient toutefois de comparer attentivement les frais de gestion, la qualité des supports d’investissement, les options de sortie et la solidité de l’assureur ou de l’organisme gestionnaire. Un transfert peut vous permettre de bénéficier d’une fiscalité plus favorable à la sortie, de supports plus performants ou de frais réduits, mais l’opération doit être étudiée au cas par cas.
En pratique, la portabilité de la retraite supplémentaire vous offre une liberté nouvelle : vous n’êtes plus « prisonnier » des choix faits au début de votre carrière ou par vos anciens employeurs. Vous pouvez reprendre la main sur votre stratégie d’épargne retraite, regrouper vos comptes dormants, mettre fin à la dispersion de petits contrats et bâtir un dispositif cohérent et lisible. Dans un contexte où le taux de remplacement des régimes obligatoires tend à se réduire, cette capacité à piloter activement votre troisième pilier de retraite est un atout décisif pour sécuriser votre niveau de vie futur.