# Le régime des travailleurs indépendants et ses spécificités retraite

La France compte plus de 4,6 millions de travailleurs indépendants en 2024, représentant une part grandissante de la population active. Artisans, commerçants, professions libérales, micro-entrepreneurs : ces professionnels partagent une caractéristique commune, celle de gérer eux-mêmes leur protection sociale et leur avenir. Contrairement aux salariés, les travailleurs non-salariés (TNS) doivent anticiper leur retraite avec une vigilance accrue, car leur système de cotisation présente des spécificités majeures. Entre régimes obligatoires complexes, cotisations proportionnelles aux revenus et pensions souvent inférieures à celles des salariés, la préparation de la retraite nécessite une compréhension approfondie des mécanismes en jeu. Les enjeux sont considérables : selon les statistiques de l’Assurance retraite, la pension moyenne d’un indépendant s’établit autour de 1 150 euros bruts mensuels, contre 1 530 euros pour un salarié du privé. Cette différence substantielle justifie une stratégie d’optimisation dès le début de l’activité professionnelle.

Le statut juridique et les régimes de protection sociale des travailleurs indépendants

Le monde des travailleurs indépendants regroupe des réalités juridiques et fiscales très diverses. Comprendre ces distinctions constitue la première étape pour maîtriser ses droits à la retraite. Chaque statut implique des modalités de cotisation différentes, des plafonds spécifiques et des régimes de protection sociale propres. La complexité apparente du système cache en réalité une logique claire : plus vous cotisez, plus vous accumulez de droits. Mais encore faut-il savoir comment vous cotisez et à quel régime vous êtes affilié.

La distinction entre micro-entrepreneur, entreprise individuelle et EIRL

Le statut de micro-entrepreneur séduit par sa simplicité administrative et son régime fiscal allégé. Avec un chiffre d’affaires plafonné à 188 700 euros pour les activités commerciales et 77 700 euros pour les prestations de services en 2024, ce régime offre une gestion simplifiée des cotisations sociales. Celles-ci sont calculées directement sur le chiffre d’affaires, avec un taux global incluant la retraite de base et complémentaire. Cependant, cette facilité comporte un revers : les droits à la retraite acquis restent limités, car ils dépendent directement du chiffre d’affaires déclaré, souvent inférieur aux revenus réels d’un indépendant classique.

L’entreprise individuelle (EI) représente le statut traditionnel des artisans et commerçants. Depuis la réforme de 2022, le patrimoine personnel de l’entrepreneur est automatiquement protégé, sans nécessité de créer une EIRL distincte. Les cotisations sociales sont calculées sur le bénéfice net professionnel, ce qui permet une meilleure corrélation entre revenus réels et droits acquis. L’entrepreneur individuel cotise proportionnellement à ses revenus, avec des taux progressifs selon les tranches. Cette structure offre généralement de meilleurs droits à la retraite que le régime micro-entrepreneur, à condition de dégager un bénéfice suffisant et régulier. La régularité des revenus devient ainsi un facteur déterminant dans l’accumulation des trimestres de retraite.

L’affiliation obligatoire à la sécurité sociale des indépendants (SSI)

Depuis le 1er janvier 2020, l’ensemble des travailleurs indépendants (

Depuis le 1er janvier 2020, l’ensemble des travailleurs indépendants (TNS au réel comme les micro‑entrepreneurs) sont rattachés au régime général via la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Concrètement, vous cotisez auprès de l’Urssaf, qui reverse vos cotisations retraite à l’Assurance retraite pour la base, et au régime complémentaire concerné (RCI ou caisse libérale). Cette affiliation est obligatoire dès le début d’activité, quel que soit votre chiffre d’affaires ou votre bénéfice. Elle conditionne l’ouverture de vos droits : sans affiliation déclarée, pas de validation de trimestres ni de points de retraite.

L’affiliation à la SSI ne se limite pas à la retraite : elle couvre aussi la maladie‑maternité, les indemnités journalières (sous conditions), les prestations familiales et, le cas échéant, l’invalidité‑décès. Mais sur le terrain de la retraite, la SSI joue un rôle central : c’est elle qui reçoit vos déclarations sociales, calcule vos cotisations provisoires puis définitives, et transmet les informations à l’Assurance retraite. D’où l’importance de veiller à la cohérence entre vos déclarations fiscales (bénéfice, chiffre d’affaires) et vos déclarations sociales, sous peine de voir vos droits à la retraite amputés.

Les spécificités du régime CIPAV pour les professions libérales réglementées

À côté de la SSI, certaines professions libérales réglementées restent affiliées à des caisses spécifiques, dont la plus connue est la CIPAV (Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d’assurance vieillesse). C’est par exemple le cas d’architectes, d’ingénieurs‑conseils, de géomètres‑experts, de certains consultants ou encore de métiers techniques traditionnellement rattachés à cette caisse. Pour ces professions, la retraite de base est gérée par la CNAVPL via un système par points, et la retraite complémentaire relève directement de la CIPAV, elle aussi en points.

La grande particularité du régime CIPAV réside dans la diversité de ses barèmes de cotisations et de ses valeurs de point. Le nombre de points acquis dépend d’une combinaison entre votre revenu professionnel et la classe de cotisation choisie (auparavant possible, désormais davantage corrélée au revenu). Résultat : deux libéraux percevant un revenu similaire peuvent ne pas avoir le même nombre de points selon leurs choix passés et leurs périodes de cotisation. De plus, la valeur de service du point CIPAV diffère sensiblement de celle des autres régimes complémentaires, ce qui rend indispensable un relevé de carrière détaillé auprès de la caisse.

Depuis les réformes successives, nombre de professions libérales non réglementées ont quitté la CIPAV pour être rattachées à la SSI et au régime général. Toutefois, un « stock » d’anciens affiliés y demeure, parfois avec des droits acquis peu lisibles. Si vous dépendez (ou avez dépendu) de la CIPAV, il est vivement recommandé de demander un relevé actualisé de vos points de base et complémentaire, de vérifier les années potentiellement manquantes et, le cas échéant, d’envisager des régularisations ou rachats de points.

Le passage du RSI à la SSI et les impacts sur les cotisations retraite

Le remplacement du RSI par la SSI a marqué un tournant pour les retraites des travailleurs indépendants. Administrativement, ce transfert a permis de rapprocher le fonctionnement du régime des indépendants de celui des salariés : même interlocuteur pour la retraite de base (Assurance retraite), mêmes règles de calcul (régime aligné), procédures plus homogènes. Pour vous, cela se traduit par une meilleure lisibilité des droits, notamment si vous avez connu une carrière mixte (périodes salariées et indépendantes).

Sur le plan des cotisations retraite, la réforme n’a pas bouleversé les taux de manière brutale, mais a introduit des ajustements progressifs. Les taux de cotisation de base des TNS se sont rapprochés de ceux des salariés, tout en restant globalement inférieurs sur les revenus élevés, ce qui explique en partie des pensions moins généreuses. En revanche, la logique de calcul reste identique : cotisations proportionnelles au revenu professionnel, avec cotisations minimales en cas de faibles revenus afin d’ouvrir malgré tout des droits. Pour beaucoup d’indépendants, la vraie différence tient donc davantage à la simplification des démarches qu’au niveau de prélèvement lui‑même.

Le calcul des cotisations retraite pour les travailleurs non-salariés

Comprendre comment sont calculées vos cotisations retraite de travailleur indépendant est indispensable pour piloter votre future pension. Contrairement à un salarié, vous ne voyez pas vos cotisations détaillées ligne par ligne sur un bulletin de paie : elles sont prélevées en bloc par l’Urssaf, sur la base de vos revenus professionnels. D’où cette impression, fréquente chez les TNS, de « subir » des appels de cotisations parfois déconnectés de la réalité économique du moment. En réalité, une mécanique précise régit l’assiette, les taux et le calendrier de calcul.

L’assiette de cotisation basée sur le revenu professionnel net

Pour les travailleurs non-salariés au régime réel (hors micro‑entrepreneurs), l’assiette des cotisations retraite correspond au revenu professionnel net, tel qu’il ressort de la déclaration fiscale. Il s’agit du bénéfice imposable après déduction des charges professionnelles, mais avant déduction de la rémunération du chef d’entreprise, lorsqu’elle existe comptablement (cas des sociétés soumises à l’IS). En entreprise individuelle, ce revenu coïncide généralement avec le bénéfice net déclaré en BIC, BNC ou BA.

Concrètement, plus votre bénéfice professionnel est élevé, plus l’assiette de vos cotisations retraite augmente, dans la limite de plusieurs plafonds (PASS). L’Urssaf calcule d’abord des cotisations provisoires sur la base du revenu N‑2 ou N‑1, puis régularise lorsque votre revenu définitif est connu via la déclaration sociale et fiscale unique. En cas de forte variation d’activité, vous pouvez demander une modulation à la baisse ou à la hausse de vos cotisations provisionnelles, afin d’éviter des régularisations trop lourdes a posteriori.

Pour les micro‑entrepreneurs, l’assiette est différente : elle correspond au chiffre d’affaires déclaré, auquel on applique un taux global de cotisations sociales. Pour reconstituer un « revenu retraite », l’Assurance retraite applique un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité), ce qui peut réduire sensiblement les droits acquis si le chiffre d’affaires reste modeste. C’est l’une des raisons pour lesquelles la retraite d’un micro‑entrepreneur est souvent inférieure à celle d’un indépendant au réel à activité comparable.

Les taux de cotisation retraite de base et complémentaire en 2024

En 2024, les TNS relevant de la SSI cotisent à la retraite de base et à la retraite complémentaire selon des taux précis, appliqués à leur revenu professionnel dans la limite de certains plafonds. Pour la retraite de base, le taux est de 17,75 % jusqu’au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), puis de 0,60 % au‑delà. Le PASS s’établit à 46 368 € en 2024, ce qui signifie que la part principale de vos droits à la retraite de base se constitue sur cette tranche de revenu.

Pour la retraite complémentaire (RCI pour artisans, commerçants et certaines professions libérales non réglementées), les cotisations se répartissent en deux tranches : 7 % jusqu’à un plafond spécifique (autour de 43 800 € en 2024), puis 8 % entre ce plafond et 4 PASS. Ces taux peuvent paraître élevés, mais n’oublions pas que, contrairement à un salarié, vous supportez seul la « part employeur » et la « part salarié ». À revenu équivalent, la pension de retraite d’un TNS reste néanmoins souvent inférieure à celle d’un salarié, car les taux globaux (base + complémentaire) et les assiettes ne sont pas strictement identiques.

Du côté des professions libérales affiliées à la CNAVPL, les taux de cotisation de base et complémentaire varient selon la section professionnelle (CARMF, CARPIMKO, CAVEC, etc.). Le principe reste toutefois similaire : une cotisation proportionnelle au revenu, parfois assortie d’un minimum forfaitaire, convertie en points de retraite. Là encore, la logique est simple : plus vous cotisez, plus vous accumulez de points, et plus votre pension complémentaire sera élevée.

Le système de validation des trimestres selon le chiffre d’affaires

La validation des trimestres de retraite ne dépend pas du temps effectivement travaillé, mais du montant sur lequel vous avez cotisé. En 2024, pour valider un trimestre au régime général (et donc pour un indépendant rattaché à la SSI), il faut avoir cotisé sur un revenu d’au moins 1 800 € environ ; pour valider 4 trimestres, le seuil annuel tourne autour de 7 200 €. Ces montants évoluent chaque année avec le SMIC. Autrement dit, si vos revenus sont trop faibles, vous risquez de ne valider qu’un, deux ou trois trimestres au lieu de quatre.

Pour les micro‑entrepreneurs, l’Assurance retraite applique une grille spécifique basée sur le chiffre d’affaires annuel. Par exemple, un seuil de chiffre d’affaires est requis pour valider un trimestre, un autre pour deux trimestres, etc. Cette mécanique peut être trompeuse : un chiffre d’affaires qui semble correct peut ne pas suffire à valider une année complète, notamment dans les activités de service à forte valeur ajoutée mais à chiffre d’affaires modeste. Vous avez donc tout intérêt à vérifier régulièrement, sur votre compte info-retraite, combien de trimestres vous avez effectivement validés chaque année.

Vous vous demandez comment optimiser la validation de vos trimestres quand votre activité est fluctuante ? Deux leviers existent : viser un niveau de revenu suffisant pour valider 4 trimestres (quitte à vous verser davantage certaines années), ou, à défaut, envisager des dispositifs de rachat ou de versement pour la retraite afin de compléter les années incomplètes.

Les cotisations minimales et l’acquisition de droits à retraite

Pour éviter qu’une année à très faibles revenus ne soit « blanche » en termes de droits à la retraite, le système prévoit des cotisations minimales. Pour les professions libérales affiliées à la CNAVPL, par exemple, un minimum de cotisation annuelle de base (de l’ordre de quelques centaines d’euros, autour de 546 € pour la retraite de base en 2025) permet d’acquérir un socle de points. Pour les artisans et commerçants, une cotisation minimale à la retraite de base (autour de 960 € par an) ouvre également des droits, même en cas de revenu déficitaire ou nul.

Ces cotisations minimales sont à double tranchant : elles préservent un minimum de droits, mais représentent une charge financière parfois lourde en période de démarrage ou de difficulté. Il est toutefois important de les envisager comme un « ticket d’entrée » dans le système de retraite : sans elles, aucune validation de trimestre, aucun point acquis. Là encore, vous pouvez demander des délais de paiement ou un étalement auprès de l’Urssaf, plutôt que de vous désaffilier et de perdre des années entières de droits.

Pour certains indépendants, il est aussi possible d’opter pour une cotisation volontaire minimale afin de sécuriser au moins 3 trimestres par an, même si le revenu réel ne le permettrait pas. C’est une forme d’assurance pour votre retraite : vous achetez du temps d’assurance, un peu comme on s’offre un filet de sécurité pour éviter la chute brutale du montant de la pension à long terme.

La retraite de base des indépendants selon le régime général aligné

Depuis l’intégration de la SSI au régime général, la retraite de base des indépendants est calculée selon les mêmes règles que celle des salariés du privé. On parle de « régime aligné » : même formule de calcul, même logique de trimestres, même âge légal et même durée d’assurance requise pour le taux plein. Cette harmonisation a simplifié la lecture des droits, en particulier pour les carrières mixtes, mais elle n’a pas effacé les écarts de pension liés aux niveaux et à la régularité des revenus.

Le mécanisme d’acquisition des points de retraite de base

Pour les artisans, commerçants et professions libérales non réglementées rattachés à la SSI, la retraite de base fonctionne comme pour les salariés : elle n’est pas en points, mais en trimestres, avec un calcul basé sur le revenu annuel moyen. En revanche, pour les professions libérales rattachées à la CNAVPL, la retraite de base est bien un régime en points. Chaque année, vos cotisations sont converties en points selon un barème national, avec un nombre maximal de points pouvant être acquis sur chaque tranche de revenu.

Par exemple, pour certains régimes libéraux, la cotisation maximale sur la première tranche de revenus permet d’obtenir 525 points de base, et jusqu’à 25 points supplémentaires sur la tranche supérieure. La valeur du point de base, fixée à 0,6540 € au 1er janvier 2025, permet de convertir l’ensemble de vos points en pension annuelle au moment de la liquidation. Ainsi, 12 500 points de retraite de base donneront droit à 8 175 € de pension annuelle, soit environ 681 € par mois, avant application éventuelle d’une décote ou d’une surcote.

Vous le voyez, qu’il s’agisse de trimestres ou de points, la logique reste la même : chaque année travaillée et cotisée alimente un compteur (trimestres validés ou points acquis). L’enjeu, pour un indépendant, est de veiller à ne pas laisser d’années « creuses », ou d’identifier à temps les possibilités de rachat ou de régularisation, afin d’éviter une pension de base trop faible.

La formule de calcul du revenu annuel moyen sur les 25 meilleures années

Pour les indépendants rattachés au régime général (SSI), le calcul de la retraite de base repose sur la même formule que pour les salariés : Revenu annuel moyen × Taux de retraite × (Nombre de trimestres validés / Durée de référence). Le revenu annuel moyen est déterminé en faisant la moyenne des 25 meilleures années de revenus, revalorisés, dans la limite du PASS. Si vous avez moins de 25 années cotisées, on prend en compte toutes les années disponibles.

Concrètement, toutes vos années de revenus indépendants et salariés sont « mélangées » pour déterminer ces 25 meilleures années, ce qui peut avantager un parcours où vous avez bénéficié de salaires élevés avant de devenir TNS, ou inversement. En revanche, les années de très faible revenu peuvent tirer la moyenne vers le bas si elles entrent dans les 25 meilleures, ce qui arrive surtout lorsque l’on a une carrière courte ou très hachée. D’où l’intérêt, pour un TNS, de lisser autant que possible ses revenus dans le temps et de surveiller ses déclarations, car toute sous‑déclaration durable se traduira tôt ou tard par une retraite de base diminuée.

On peut comparer ce mécanisme à une moyenne des « 25 meilleurs matchs » d’une carrière sportive : si vous avez plusieurs saisons excellentes, elles tireront la moyenne vers le haut. Mais si votre carrière a été irrégulière, avec beaucoup de « saisons blanches », la moyenne sera mécaniquement plus faible, même si certains pics de revenus ont été très élevés.

Les conditions d’âge légal et de taux plein pour les TNS

Les conditions d’âge légal et de taux plein sont identiques pour les TNS et pour les salariés. Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge légal de départ est progressivement relevé pour atteindre 64 ans pour les personnes nées à partir de 1968. Entre 1961 et 1967, l’âge légal augmente par paliers de trois mois selon l’année de naissance. L’âge du taux plein automatique, lui, reste fixé à 67 ans : au‑delà, vous obtenez le taux plein même si vous n’avez pas le nombre de trimestres requis.

La durée d’assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein varie de 167 à 172 trimestres selon l’année de naissance, avec un maximum de 172 trimestres pour les générations nées à partir de 1965. Si vous partez à la retraite avant d’avoir validé tous vos trimestres, votre pension de base subira une décote : pour les assurés nés à partir de 1953, la réduction est de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. À l’inverse, chaque trimestre cotisé au‑delà de l’âge légal et au‑delà du nombre de trimestres requis donne droit à une surcote de 1,25 %.

En pratique, la question clé pour un TNS est souvent : « Mieux vaut‑il partir dès l’âge légal avec une décote, ou prolonger quelques années pour atteindre le taux plein et maximiser mes droits ? » La réponse dépend de votre état de santé, de vos projets et… de votre capacité à continuer à générer un revenu confortable. Un bilan retraite personnalisé, intégrant vos prévisions de trimestres et vos revenus futurs, permet de simuler les différents scénarios et de faire un choix éclairé.

La retraite complémentaire obligatoire RCI et CIPAV

Au‑delà de la retraite de base, tous les travailleurs indépendants sont tenus de cotiser à un régime de retraite complémentaire obligatoire. Pour les artisans, commerçants et certaines professions libérales non réglementées, il s’agit du Régime complémentaire des indépendants (RCI), géré par l’Assurance retraite. Pour une grande partie des professions libérales réglementées, chaque caisse (CIPAV, CARMF, CARPIMKO, etc.) gère un ou plusieurs régimes complémentaires propres. C’est cette retraite complémentaire qui, en pratique, fait souvent la différence sur le niveau global de pension.

Le système par points du régime complémentaire des indépendants (RCI)

Le RCI fonctionne intégralement en points. Chaque année, vos cotisations versées au titre de la retraite complémentaire sont converties en points selon une valeur d’achat du point fixée par le régime. Le nombre de points acquis dépend donc directement du montant de vos cotisations, elles‑mêmes fonction de votre revenu professionnel. Plus vos revenus sont élevés et réguliers, plus vous accumulez de points et plus votre future pension complémentaire sera substantielle.

Au moment du départ à la retraite, la pension RCI est calculée en multipliant le nombre total de points obtenus par la valeur de service du point, exprimée en euros. Cette valeur est revalorisée régulièrement, en principe pour suivre l’inflation et l’équilibre financier du régime. Le RCI verse une pension complète si votre retraite de base est obtenue à taux plein ; dans le cas contraire, un coefficient d’abattement peut s’appliquer, réduisant le montant de la retraite complémentaire de manière proportionnelle à la décote de la base.

On peut comparer le RCI à une « tirelire de points » : chaque année, vous y déposez un certain nombre de points en fonction de vos cotisations. À la retraite, on ouvre la tirelire, on compte les points, et on applique la valeur du point. Si vous commencez tôt à l’alimenter et que vous cotisez de façon soutenue, le montant final sera significativement plus élevé que si vous vous contentez de cotisations minimales.

La valeur d’achat et de service du point RCI depuis la réforme 2013

Depuis la réforme de 2013, artisans et commerçants bénéficient d’un régime complémentaire unifié, le RCI, qui a remplacé les anciens régimes distincts. Cette unification s’est accompagnée de la mise en place de valeurs uniques d’achat et de service du point pour l’ensemble des affiliés. La valeur d’achat correspond au prix auquel vous « achetez » vos points via vos cotisations ; la valeur de service correspond au montant en euros que rapporte chaque point à la retraite.

En 2025, par exemple, la valeur de service du point RCI s’établit autour de 1,33 € (chiffre indicatif), revalorisée chaque année. La valeur d’achat, elle, est supérieure, ce qui signifie qu’une partie de vos cotisations sert à financer les pensions actuelles des retraités (logique par répartition), et une autre partie à constituer vos propres droits. Cette architecture garantit l’équilibre du régime sur le long terme, mais implique que le rendement apparent du point ne se lit pas seulement au travers du rapport cotisations/pension, il s’apprécie aussi à la lumière des revalorisations futures.

Pour optimiser vos droits au RCI, il est crucial de suivre, sur votre relevé de carrière, l’évolution du nombre de points acquis année après année et de vérifier la bonne prise en compte de vos revenus. Un écart de quelques centaines d’euros de revenu déclaré peut, à long terme, se traduire par plusieurs centaines de points manquants, et donc par une baisse annuelle de pension non négligeable.

Les particularités du régime CIPAV pour avocats et architectes

Le régime CIPAV présente plusieurs spécificités notables, notamment pour les professions qui y restent affiliées, comme certains architectes ou ingénieurs‑conseils. Pour la retraite complémentaire, le système est également fondé sur des points, mais avec des classes de cotisation historiques et des valeurs de point distinctes de celles du RCI. Les assurés pouvaient autrefois choisir leur classe de cotisation (et donc le volume de points acquis), indépendamment de leur revenu réel, ce qui a pu générer des situations très contrastées en termes de droits.

Les avocats, eux, ne dépendent pas de la CIPAV, mais de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), qui gère à la fois leur retraite de base (forfaitaire) et leur retraite complémentaire en points. Pour ces professions, la pension de base n’est pas proportionnelle au revenu, mais dépend essentiellement de la durée de cotisation et du nombre de trimestres. La retraite complémentaire par points vient donc jouer un rôle encore plus important dans le niveau de pension finale.

Si vous exercez dans une profession libérale réglementée (architecte, médecin, dentiste, infirmier, avocat, expert‑comptable, etc.), il est indispensable de vous référer aux règles propres à votre caisse. Chaque régime fixe sa valeur d’achat du point, sa valeur de service, ses coefficients d’abattement et ses modalités de rachat. Une simulation globale de retraite devra donc intégrer, en plus de la base CNAVPL, les droits complémentaires spécifiques à votre caisse pour donner une vision fidèle de votre futur niveau de vie.

Les dispositifs de rachat de trimestres et régularisation pour indépendants

Beaucoup de travailleurs indépendants découvrent à l’approche de la soixantaine qu’il leur manque des trimestres pour atteindre le taux plein. Années d’études, débuts d’activité avec revenus trop faibles, périodes à l’étranger non couvertes… Les « trous » de carrière sont fréquents. Heureusement, plusieurs dispositifs permettent de racheter des trimestres ou de régulariser des cotisations insuffisantes, moyennant un coût parfois significatif mais qui peut s’avérer rentable sur le long terme.

Le rachat madelin pour les années d’études supérieures

Le dispositif dit de « rachat Madelin » permet aux travailleurs indépendants de racheter des trimestres au titre de leurs années d’études supérieures ou de leurs années incomplètes. Il s’agit en fait du rachat de trimestres pour les années d’études supérieures, prévu par le Code de la sécurité sociale et élargi aux non‑salariés. Vous pouvez racheter jusqu’à 12 trimestres, soit l’équivalent de trois années, selon deux options : rachat pour le taux seul, ou rachat pour le taux et la durée d’assurance.

Le coût d’un trimestre racheté dépend de votre âge et de votre revenu au moment de la demande. En 2024, il varie grosso modo entre 1 000 € et plus de 7 000 € par trimestre. C’est un investissement important, qui doit être évalué au cas par cas : combien de pension supplémentaire par mois ce rachat va‑t‑il générer ? Au bout de combien d’années de retraite l’opération sera‑t‑elle « amortie » ? Un simulateur en ligne sur le site de l’Assurance retraite permet d’obtenir une première estimation, mais un accompagnement personnalisé est souvent utile pour arbitrer.

La régularisation des cotisations insuffisantes des premières années d’activité

Les premières années d’activité indépendante sont souvent marquées par des revenus faibles, voire négatifs. Par défaut, les cotisations sont alors calculées sur une base forfaitaire réduite, ce qui se traduit par peu de trimestres validés et peu de points. Il est parfois possible, a posteriori, de régulariser ces années en versant des cotisations complémentaires pour porter l’assiette à un niveau permettant de valider davantage de trimestres ou de points.

Cette régularisation n’est pas automatique et dépend des règles propres à chaque régime (SSI, CNAVPL, CIPAV, etc.). Elle suppose de reconstituer vos revenus réels de l’époque, de comparer les cotisations effectivement versées aux cotisations « théoriques » et de négocier avec les caisses concernées. Cela peut paraître fastidieux, mais le gain potentiel sur la pension, surtout si ces années se situent au début de carrière, peut justifier l’effort. Là encore, l’analogie de la « réparation » d’un trou dans un mur n’est pas absurde : mieux vaut colmater les brèches avant qu’elles ne fragilisent l’ensemble de l’édifice.

Le versement pour la retraite (VPLR) et ses conditions d’éligibilité

Le Versement Pour la Retraite (VPLR) est un dispositif qui permet, sous certaines conditions, de compléter sa durée d’assurance en versant des cotisations supplémentaires. Il est particulièrement utile pour les personnes qui ont exercé une activité à temps partiel, des périodes de chômage non indemnisées ou des périodes à l’étranger non prises en compte. Les indépendants peuvent, dans certains cas, y recourir pour combler des « trous » de carrière qui ne peuvent pas être couverts par le seul rachat d’années d’études.

Le VPLR est encadré par des plafonds annuels et des conditions d’âge. Il nécessite une demande spécifique auprès de l’Assurance retraite, qui calcule le coût du versement en fonction du nombre de trimestres à valider et de votre âge au moment de la demande. Comme pour le rachat Madelin, une étude de rentabilité s’impose : il ne s’agit pas de payer des cotisations supplémentaires à l’aveugle, mais de s’assurer que le surcroît de pension généré justifie l’effort financier consenti.

Les solutions d’épargne retraite complémentaire facultative pour TNS

Les régimes obligatoires de retraite de base et complémentaire constituent un socle incontournable, mais rarement suffisant pour maintenir votre niveau de vie à la retraite, surtout si vos revenus de carrière ont été élevés ou fluctuants. C’est pourquoi les travailleurs indépendants ont tout intérêt à mettre en place, en parallèle, des solutions d’épargne retraite facultatives : Plan d’Épargne Retraite individuel, anciens contrats Madelin, assurance vie, voire immobilier locatif. L’objectif : se constituer un capital ou une rente complémentaire, tout en optimisant la fiscalité pendant la phase d’épargne.

Le plan d’épargne retraite individuel (PERin) et déductibilité fiscale

Le Plan d’Épargne Retraite individuel (PERin) est aujourd’hui l’outil phare pour préparer sa retraite en tant que TNS. Il permet d’effectuer des versements libres, ponctuels ou programmés, qui sont, si vous le souhaitez, déductibles de votre revenu imposable dans la limite d’un plafond fiscal particulièrement favorable aux indépendants. En 2025, ce plafond peut aller jusqu’à 10 % de vos revenus professionnels dans la limite de 8 PASS, plus 15 % de la fraction de ce revenu comprise entre 1 et 8 PASS, soit un plafond global pouvant dépasser 80 000 € par an pour les hauts revenus.

Concrètement, un versement de 5 000 € sur un PERin peut réduire votre impôt sur le revenu de 1 500 € si vous êtes imposé à 30 %, tout en alimentant une épargne longue bloquée jusqu’à la retraite (sauf cas de sortie anticipée : invalidité, décès du conjoint, surendettement, achat de la résidence principale, etc.). À la sortie, vous pouvez choisir entre une rente viagère, un capital versé en une ou plusieurs fois, ou un mix des deux. Le PERin permet donc de piloter à la fois votre effort d’épargne et votre fiscalité, avec une grande souplesse dans les versements, très adaptée à la variabilité des revenus des indépendants.

Le contrat madelin retraite et plafonds de déduction spécifiques

Avant la création du PER, le contrat Madelin retraite était la référence pour les TNS souhaitant se constituer une retraite supplémentaire déductible de leur revenu professionnel. Bien que ces contrats ne soient plus commercialisés, ceux qui ont été ouverts peuvent toujours être alimentés. Ils offrent des plafonds de déduction spécifiques, proches de ceux du PER, mais avec une contrainte majeure : la sortie ne peut se faire qu’en rente viagère (hors cas particuliers), sans possibilité de récupérer le capital en une fois.

Si vous disposez déjà d’un contrat Madelin, il peut rester pertinent de le conserver pour profiter de sa fiscalité attractive, surtout si les frais de gestion sont corrects et si le support d’investissement reste compétitif. En revanche, pour de nouveaux besoins d’épargne retraite, le PERin offre généralement plus de flexibilité (sortie en capital, portabilité, regroupement de différents anciens dispositifs). Une analyse globale de votre situation patrimoniale permettra de décider s’il est opportun de continuer à alimenter votre Madelin, de le laisser vivre, ou d’envisager un transfert vers un PER, lorsque cela est possible et intéressant.

L’assurance vie et capitalisation comme complément de pension

L’assurance vie reste un pilier incontournable de la stratégie retraite des indépendants. Elle ne constitue pas un produit de retraite au sens strict (les fonds restent disponibles à tout moment), mais elle permet de se constituer un capital à long terme, avec une fiscalité avantageuse après huit ans et une grande souplesse de gestion. Vous pouvez organiser des rachats programmés à partir d’un certain âge pour compléter vos pensions, mettre en place une rente viagère, ou simplement utiliser ce capital comme « matelas » de sécurité en cas de besoin.

La combinaison PERin + assurance vie est particulièrement pertinente pour un TNS : le PER maximise la déduction fiscale à l’entrée, en contrepartie d’un blocage jusqu’à la retraite, tandis que l’assurance vie offre de la liquidité, de la diversification (fonds euros, unités de compte, SCPI…) et une transmission optimisée (hors succession dans certaines limites). En ajoutant éventuellement un investissement immobilier locatif (en nom propre ou via SCI), vous pouvez structurer de véritables « piliers de revenus » pour votre retraite, réduisant ainsi votre dépendance aux seules pensions obligatoires, souvent insuffisantes.