# Le régime de retraite des salariés de la fonction publique

Le système de retraite des agents publics français constitue un pilier fondamental de la protection sociale des 5,7 millions de fonctionnaires et contractuels qui œuvrent quotidiennement au service de l’intérêt général. Contrairement aux salariés du secteur privé, ces agents bénéficient d’un régime spécifique dont les règles de calcul, les modalités de cotisation et les conditions de départ diffèrent sensiblement. Avec les réformes successives menées depuis 2003, et notamment celle de 2023 qui a relevé l’âge légal de départ à 64 ans, le paysage des retraites publiques connaît une évolution significative vers une convergence progressive avec le régime général. Comprendre les mécanismes de ce système complexe s’avère essentiel pour tous les agents publics qui souhaitent anticiper leur avenir et optimiser leurs droits à pension.

Le statut juridique des fonctionnaires et l’affiliation au régime de retraite de la fonction publique

Le statut de fonctionnaire titulaire confère automatiquement une affiliation aux régimes spéciaux de retraite de la fonction publique. Cette appartenance distingue fondamentalement les agents publics des salariés du secteur privé, qui relèvent quant à eux du régime général de la Sécurité sociale et des régimes complémentaires Agirc-Arrco. La titularisation, acquise après un concours et une période de stage, garantit non seulement la stabilité de l’emploi mais également l’accès à un régime de retraite intégré qui fusionne retraite de base et retraite complémentaire en une pension unique.

Les agents contractuels de la fonction publique, en revanche, ne bénéficient pas de ce régime spécifique. Ils cotisent au régime général pour leur retraite de base et à l’IRCANTEC (Institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l’État et des collectivités publiques) pour leur retraite complémentaire. Cette distinction statutaire engendre des différences substantielles dans le calcul des pensions et les conditions de liquidation des droits. Selon les données de 2024, environ 20% des agents publics sont des contractuels, une proportion en augmentation constante depuis une décennie.

La condition minimale de deux années de services effectifs, instaurée en 2011, permet désormais aux fonctionnaires de valider des droits à pension plus rapidement qu’auparavant. Avant cette réforme, il fallait quinze ans de services pour prétendre à une pension de la fonction publique. Les agents radiés des cadres avant d’avoir accompli cette durée voient leurs droits transférés vers le régime général et l’IRCANTEC, assurant ainsi une continuité dans la constitution de leurs droits à retraite. Cette évolution témoigne d’une volonté de mobilité accrue entre secteur public et privé, facilitant les parcours professionnels mixtes.

Les trois branches du régime de retraite : fonction publique d’état, territoriale et hospitalière

L’architecture du système de retraite public français repose sur une organisation tripartite qui reflète la structure même de la fonction publique. Chaque versant possède sa propre caisse de retraite, avec des spécificités administratives mais des règles de calcul largement harmonisées depuis les réformes successives. Cette organisation permet une gestion adaptée aux particularités de chaque secteur tout en garantissant une équité globale entre les agents publics.

Le régime de retraite des fonctionnaires d’état géré par le service des retraites de l’état (SRE)

Le Service des retraites de l’État administre les pensions de 2,5 millions de

retraités de l’État, civils et militaires, et centralise la gestion des droits des fonctionnaires d’État, des magistrats et des militaires. Ce régime de retraite spécifique fonctionne par répartition : les cotisations des agents en activité et les contributions de l’employeur public financent directement les pensions versées aux retraités. D’un point de vue budgétaire, il est retracé dans un compte d’affectation spéciale « Pensions », ce qui permet de suivre précisément les flux financiers liés aux retraites de l’État. Les règles de calcul des pensions (âge légal, durée d’assurance, décote, surcote) sont aujourd’hui largement alignées sur celles du régime général, tout en conservant des particularités, notamment pour les catégories actives et les militaires.

Le SRE joue également un rôle clé en matière d’information des agents publics. Via l’espace numérique sécurisé ENSAP, chaque fonctionnaire d’État peut consulter son relevé de carrière, simuler sa future pension et suivre, le moment venu, le paiement de sa retraite. Cette dématérialisation des démarches simplifie la préparation du départ en retraite et limite les erreurs de carrière non prises en compte. Pour autant, il reste recommandé de vérifier régulièrement ses données, en particulier lorsque l’on a connu des interruptions d’activité, des détachements ou des services accomplis à l’étranger.

La caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) pour les territoriaux et hospitaliers

Pour les agents de la fonction publique territoriale (communes, départements, régions, intercommunalités…) et de la fonction publique hospitalière, la retraite est gérée par la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL). Cet établissement public verse chaque année des pensions à près de 1,6 million de retraités, au titre de droits directs (leurs propres carrières) ou dérivés (pensions de réversion). La CNRACL est administrée par un conseil d’administration qui associe représentants des employeurs publics locaux et représentants des assurés, ce qui garantit une gouvernance partagée du régime.

Comme pour le SRE, le régime de la CNRACL repose sur un système par répartition, financé à plus de 95 % par les cotisations des agents et les contributions des employeurs (collectivités territoriales, hôpitaux publics, établissements médico‑sociaux). Les règles de calcul des pensions sont quasiment identiques à celles de la fonction publique d’État : même âge légal, même durée d’assurance requise, même principe de calcul sur le traitement indiciaire brut des six derniers mois. Les principales différences portent davantage sur les niveaux de rémunération, les primes et la structure des carrières, ce qui peut se traduire par des montants moyens de pension différents entre État, territorial et hospitalier.

La CNRACL s’appuie sur la Caisse des dépôts et consignations pour la gestion opérationnelle (traitement des dossiers, paiement des pensions, accueil des assurés). Pour vous, agent territorial ou hospitalier, cela signifie que vous disposez d’outils en ligne pour consulter vos droits, simuler votre future pension et demander la liquidation de votre retraite. Dans un contexte de réforme et d’allongement des durées de cotisation, suivre régulièrement votre relevé individuel de situation est devenu un réflexe indispensable.

Les différences de cotisations et de droits entre les trois régimes publics

Si les règles de base sont désormais largement harmonisées entre les trois fonctions publiques, des différences subsistent, notamment en matière de taux de cotisations employeur et de structure du financement. Du côté des agents, la retenue salariale est très proche entre les versants : autour de 11,10 % du traitement indiciaire brut en 2025, contre 11,40 % pour les salariés du privé sur la part de salaire limitée au plafond de la Sécurité sociale. C’est surtout la contribution employeur qui varie fortement, traduisant le poids budgétaire croissant des pensions pour les finances publiques.

Pour les collectivités territoriales et les hôpitaux, le taux de contribution employeur à la CNRACL était de 31,65 % du traitement indiciaire brut en 2024 et doit atteindre 43,65 % en 2028. Pour l’État, ce taux est ajusté chaque année afin d’assurer l’équilibre du compte d’affectation spéciale Pensions : il atteint plus de 74 % pour les civils en 2024 et dépasse 120 % pour les militaires. Concrètement, cela signifie que chaque euro de traitement indiciaire versé à un fonctionnaire d’État s’accompagne d’un montant très élevé de cotisations employeur, financé par l’impôt, afin de garantir le paiement des pensions actuelles et futures.

En termes de droits, les règles de calcul de la pension (taux de liquidation maximum de 75 %, décote, surcote, bonifications, pension de réversion à 50 % sans condition de ressources) sont communes aux trois versants. Les écarts de pension moyenne tiennent davantage aux niveaux de salaires et de primes qu’aux paramètres juridiques du régime. Les fonctionnaires d’État (notamment les cadres supérieurs et les enseignants) peuvent par exemple avoir une pension moyenne plus élevée que les agents territoriaux, mais cette comparaison doit être nuancée par les différences de qualification, de déroulement de carrière et de structure de rémunération.

Le régime additionnel de la fonction publique (RAFP) et son fonctionnement par points

Jusqu’en 2005, les primes et indemnités des fonctionnaires n’étaient quasiment pas prises en compte dans le calcul de la pension, ce qui pénalisait particulièrement les agents dont la rémunération comprenait une part importante de primes. Pour corriger cette lacune, le législateur a créé le Régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), un dispositif complémentaire obligatoire fonctionnant par points pour les fonctionnaires d’État, territoriaux, hospitaliers, ainsi que les magistrats et militaires. Ce régime, géré par l’ERAFP, vient s’ajouter à la pension principale versée par le SRE ou la CNRACL.

Le principe est simple : les cotisations RAFP sont prélevées sur les rémunérations accessoires (primes, indemnités, heures supplémentaires, avantages en nature) dans la limite de 20 % du traitement indiciaire brut. Le taux global de cotisation est de 10 %, réparti à parts égales entre l’agent (5 %) et l’employeur public (5 %). Chaque année, ces cotisations sont converties en points en fonction d’un prix d’acquisition du point. Au moment de la liquidation de la retraite additionnelle, le nombre total de points acquis est multiplié par la valeur de service du point pour déterminer le montant versé, sous forme de rente ou de capital selon le volume de droits.

Le RAFP est un régime par capitalisation, ce qui le distingue du régime de base par répartition. Les cotisations sont investies sur les marchés financiers selon une politique d’investissement socialement responsable (ISR), afin de garantir la pérennité du système et un rendement satisfaisant. Aujourd’hui encore, les montants versés par le RAFP restent modestes à l’échelle de l’ensemble des pensions (quelques centaines d’euros par an en moyenne), mais ils devraient prendre de l’ampleur à mesure que les générations ayant cotisé toute leur carrière arrivent à la retraite. Si vous percevez beaucoup de primes, le suivi de votre compte RAFP est donc un levier important pour optimiser votre future retraite globale.

Le calcul de la pension de retraite : traitement indiciaire, taux de liquidation et décote

Le calcul de la pension des fonctionnaires obéit à une logique très différente de celle des salariés du secteur privé. Là où le régime général s’appuie sur la moyenne des 25 meilleures années de salaire, la fonction publique retient le traitement indiciaire brut des six derniers mois, hors primes, comme base de calcul. Cette règle, souvent perçue comme plus avantageuse, est au cœur du régime de retraite de la fonction publique et explique une partie des débats sur l’équité entre public et privé. Mais comment ce traitement de référence se combine-t‑il avec le taux de liquidation, la durée d’assurance, la décote et les bonifications ?

Le traitement indiciaire des six derniers mois comme base de calcul de la pension

Le traitement indiciaire brut correspond à la rémunération de base liée à l’échelon et au grade du fonctionnaire, exprimée en indice majoré. Pour le calcul de la pension, on retient le traitement indiciaire brut des six derniers mois précédant la cessation d’activité, à condition que cet indice ait été détenu au moins pendant cette période. Les primes, indemnités et autres compléments de rémunération sont exclus de cette assiette, sauf rares exceptions (par exemple, certaines indemnités intégrées dans le traitement).

Cette règle des « six derniers mois » présente un avantage pour les agents dont la carrière suit une progression régulière, voire accélérée en fin de parcours. En effet, à la différence du privé où l’on remonte jusqu’à 25 ans en arrière (avec des salaires simplement revalorisés selon l’inflation), la pension du fonctionnaire est calculée sur la base du niveau de rémunération le plus récent, qui reflète généralement mieux la position finale dans la grille indiciaire. C’est un peu comme si, pour établir une moyenne, on ne retenait que la dernière note d’un bulletin plutôt que l’ensemble du trimestre : tout l’enjeu est alors de finir sa carrière « au bon indice ».

En pratique, cela incite à bien anticiper son départ en retraite. Un avancement de grade ou un changement d’échelon intervenu trop tardivement (moins de six mois avant la date de radiation des cadres) ne sera pas entièrement pris en compte dans le calcul de la pension. À l’inverse, un départ décalé de quelques mois peut parfois permettre d’intégrer le nouvel indice et d’augmenter durablement le montant de la pension. D’où l’intérêt de réaliser des simulations et d’échanger avec le service RH ou la caisse de retraite avant de fixer sa date de départ.

Le taux de liquidation maximum de 75% et le nombre de trimestres requis selon la génération

Une fois le traitement indiciaire de référence déterminé, on applique un taux de liquidation, c’est‑à‑dire le pourcentage du traitement qui sera servi sous forme de pension. Dans la fonction publique, le taux de liquidation de référence, à carrière complète, est de 75 %. Mais ce taux maximum n’est accordé que si l’agent remplit une condition de durée d’assurance, exprimée en trimestres et alignée sur celle du régime général. Pour les générations nées à partir de 1965, il faut ainsi justifier de 172 trimestres (43 ans) de services et de périodes assimilées pour obtenir ce taux plein théorique.

En l’absence de carrière complète, le taux de liquidation est proratisé. On applique la formule suivante : 75 % × (nombre de trimestres de services et bonifications dans la fonction publique / nombre de trimestres requis pour la génération). Par exemple, un fonctionnaire né en 1968 ayant validé 150 trimestres de services dans la fonction publique sur les 172 requis verra son taux de liquidation passer à 75 % × (150 / 172), soit environ 65,4 %. C’est ce taux proratisé qui sera ensuite éventuellement ajusté par la décote ou la surcote.

Il faut bien distinguer deux notions : la durée d’assurance tous régimes, qui sert à déterminer le droit au taux plein (et la décote ou la surcote), et la durée de services liquidables dans la fonction publique, qui sert à calculer la part de 75 % à laquelle l’agent a droit. Cette distinction peut paraître technique, mais elle est cruciale pour les carrières mixtes public/privé : un agent peut atteindre le taux plein grâce à ses trimestres tous régimes confondus, tout en n’ayant pas une carrière complète dans la seule fonction publique, ce qui limitera mécaniquement le pourcentage appliqué à son traitement indiciaire.

Le coefficient de minoration : décote et surcote dans le système public

Au-delà de la proratisation du taux de liquidation, le système public applique un mécanisme de décote/surcote très similaire à celui du régime général. Si vous partez à la retraite avant l’âge du taux plein automatique (67 ans pour les catégories sédentaires) sans avoir validé la durée d’assurance requise tous régimes confondus, une décote réduit votre pension. À l’inverse, si vous poursuivez votre activité au‑delà en ayant déjà tous vos trimestres, une surcote vient majorer votre pension. On peut comparer ce mécanisme à un « bonus-malus » : partir plus tôt avec une carrière incomplète a un coût, travailler plus longtemps rapporte un gain.

Le coefficient de minoration est de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Concrètement, si vous avez huit trimestres de moins que la durée d’assurance exigée, votre pension sera réduite de 10 % (8 × 1,25 %). Le nombre de trimestres manquants est calculé en comparant, d’une part, votre durée d’assurance totale à la durée requise et, d’autre part, votre âge de départ à l’âge du taux plein automatique. On retient ensuite le nombre de trimestres manquants le plus favorable pour l’assuré.

La surcote fonctionne à l’inverse : chaque trimestre supplémentaire entier travaillé après l’âge minimal de départ et au‑delà de la durée d’assurance requise majore la pension de 1,25 %. Soit un gain de 5 % par année supplémentaire. Ce mécanisme peut être particulièrement intéressant si vous exercez un métier que vous appréciez et que votre état de santé vous permet de prolonger votre carrière : en travaillant deux ans de plus, vous pouvez augmenter votre pension de 10 %, et ce, à vie. Il convient toutefois de mettre ce gain en balance avec la durée probable de retraite : rester plus longtemps au travail, c’est aussi percevoir sa pension pendant moins d’années.

Les bonifications pour enfants et les majorations familiales applicables aux fonctionnaires

Le régime de retraite de la fonction publique prévoit également des bonifications de durée d’assurance et des majorations de pension liées à la situation familiale, qui peuvent améliorer sensiblement le montant de la retraite. Historiquement, ces dispositifs ont été conçus pour compenser l’impact des interruptions de carrière liées à la maternité ou à l’éducation des enfants, mais ils ont progressivement évolué pour se rapprocher de ceux du régime général. Selon votre génération, le nombre d’enfants et votre situation professionnelle au moment de leurs naissances, les règles applicables peuvent différer.

Les fonctionnaires peuvent bénéficier de trimestres supplémentaires pour maternité, adoption, congé parental ou éducation d’enfants, dans des conditions proches de celles des salariés du privé. Par ailleurs, une majoration de pension pour enfants (généralement 10 % à partir de trois enfants) s’applique sur le montant de la pension de base, comme dans le régime général. Certaines bonifications spécifiques subsistent pour des situations particulières (services accomplis outre‑mer, campagnes militaires, services actifs ou super‑actifs, etc.), ce qui peut expliquer des écarts de droits entre agents à carrière pourtant comparable.

Un dispositif de départ anticipé pour les parents de trois enfants existait jusqu’au 1er janvier 2012, permettant à certains fonctionnaires de partir à la retraite sans condition d’âge. Cette possibilité a été supprimée par la réforme de 2010, mais reste applicable, sous conditions strictes, aux agents qui remplissaient déjà les critères au 31 décembre 2011 (au moins trois enfants, 15 ans de services, interruption ou réduction d’activité à chaque naissance). Si vous pensez être concerné, il est indispensable de vérifier votre situation auprès de votre service RH ou de votre caisse de retraite, car les règles transitoires sont complexes.

Les cotisations retraite des fonctionnaires : taux, assiettes et répartition employeur-agent

Le financement du régime de retraite de la fonction publique repose sur un partage des cotisations entre l’agent et son employeur public. Comprendre comment sont calculées ces cotisations, sur quelle assiette elles s’appliquent et comment elles se comparent à celles du secteur privé permet de mieux appréhender le « coût » de la retraite pour chacun. Là encore, la notion de traitement indiciaire brut joue un rôle central, avec une spécificité majeure : les primes sont largement exclues de l’assiette principale, mais intégrées pour la retraite additionnelle via le RAFP.

Le taux de cotisation salariale de 11,10% sur le traitement indiciaire brut

La retenue pour pensions prélevée sur la rémunération des fonctionnaires correspond à la part salariale des cotisations de retraite. En 2025, ce taux est fixé à 11,10 % du traitement indiciaire brut, aligné progressivement depuis 2010 sur celui des salariés du régime général (11,40 % sur la part de salaire limitée au plafond de la Sécurité sociale). Cette convergence visait à renforcer l’équité contributive entre agents publics et salariés du privé, même si l’assiette de cotisation reste plus étroite dans la fonction publique.

Concrètement, si vous percevez un traitement indiciaire brut de 2 000 € par mois, la retenue pour pensions s’élèvera à environ 222 € mensuels (hors autres prélèvements sociaux). Ce montant ne tient pas compte de vos primes ou indemnités, qui ne sont pas assujetties à cette cotisation principale, mais peuvent donner lieu à des cotisations au titre du RAFP. La différence avec le privé est nette : un salarié du secteur marchand cotise pour sa retraite sur l’ensemble de son salaire brut (y compris primes) dans la limite du plafond, ce qui peut représenter, à revenu équivalent, un effort contributif plus important du côté salarié.

La contribution employeur et le financement par l’état et les collectivités territoriales

La part employeur des cotisations retraite est beaucoup plus élevée dans la fonction publique que dans le secteur privé. Pour les agents territoriaux et hospitaliers affiliés à la CNRACL, le taux de contribution employeur s’élevait à 31,65 % du traitement indiciaire brut en 2024 et augmentera progressivement pour atteindre 43,65 % en 2028. Cette hausse vise à compenser le vieillissement démographique, l’augmentation du nombre de retraités et la stabilisation, voire la baisse, du nombre de fonctionnaires en activité.

Pour les fonctionnaires d’État, la situation est encore plus marquée : le taux de contribution employeur, fixé de façon à équilibrer le compte d’affectation spéciale Pensions, atteignait 74,28 % pour les civils en 2024 et dépassait 126 % pour les militaires. Il s’agit en réalité d’une cotisation d’équilibre financée par le budget de l’État, donc par l’impôt. D’un point de vue économique, on peut considérer qu’une partie de cette contribution employeur représente un salaire différé pour les agents publics, mais la frontière entre rémunération et financement de la solidarité nationale est moins nette que dans le secteur privé.

Ces niveaux élevés de contributions employeur soulèvent des enjeux financiers importants pour l’État et les collectivités, notamment dans un contexte de contrainte budgétaire. Ils expliquent en partie les réformes visant à allonger la durée de cotisation, à relever l’âge légal de départ et à maîtriser la progression des rémunérations indiciaires et des effectifs. Pour les agents, cela renforce l’importance d’une bonne compréhension de leurs droits, afin de tirer le meilleur parti d’un système qui représente un investissement considérable pour la collectivité.

Les prélèvements spécifiques : contribution solidarité autonomie et RAFP

En plus de la retenue pour pensions et de la contribution employeur, les fonctionnaires sont également concernés par d’autres prélèvements liés à la protection sociale et à la retraite. Parmi eux figure la contribution solidarité autonomie, destinée au financement de la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées et handicapées. Cette contribution, prélevée sur les rémunérations, ne génère pas de droits à retraite, mais participe au financement global de la solidarité nationale en matière de dépendance.

Les cotisations au titre du RAFP constituent un autre élément important du paysage contributif. Prélevées sur les rémunérations accessoires dans la limite de 20 % du traitement indiciaire brut, elles représentent 5 % à la charge de l’agent et 5 % à la charge de l’employeur. Même si les montants individuels peuvent paraître modérés, surtout en début de carrière, ils s’accumulent année après année sous forme de points. Pour un agent fortement primé (par exemple dans la police, certains corps techniques ou des postes de responsabilité), ces points RAFP pourront constituer un complément non négligeable à la pension principale.

Pour bien piloter votre stratégie de fin de carrière, il est donc utile de distinguer ce qui relève de la retraite de base (retenue pour pensions, contributions employeur sur le traitement indiciaire) de ce qui relève de compléments (RAFP, épargne retraite individuelle éventuelle) et de contributions sans contrepartie directe (solidarité autonomie). Cette vision d’ensemble vous permettra d’arbitrer plus sereinement entre départ anticipé, prolongation d’activité, cumul emploi‑retraite ou recours à des produits d’épargne retraite facultatifs.

Les conditions de départ à la retraite : âge légal, catégories actives et sédentaires

Les conditions de départ à la retraite des fonctionnaires ont été profondément modifiées par les réformes successives, en particulier celle de 2023 qui a relevé l’âge légal et allongé la durée de cotisation. Elles varient selon votre année de naissance, votre catégorie statutaire (sédentaire ou active/super‑active) et la durée de services accomplis dans ces emplois. Pour bien anticiper votre calendrier de départ, il est essentiel de savoir à partir de quel âge vous pouvez liquider vos droits, à quel moment vous obtenez le taux plein et dans quelles situations un départ anticipé reste possible.

L’âge légal de départ pour les fonctionnaires sédentaires nés après 1973

Les fonctionnaires dits de catégorie sédentaire exercent des emplois qui ne sont pas classés en catégorie active ou super‑active. Pour ces agents, la réforme de 2023 a progressivement relevé l’âge légal d’ouverture des droits à la retraite, qui dépend désormais de l’année de naissance. Pour les générations nées à partir de 1969, l’âge légal est fixé à 64 ans, avec une montée en charge progressive pour les générations 1961 à 1968. L’âge du taux plein automatique, lui, reste fixé à 67 ans, comme dans le régime général.

Concrètement, si vous êtes né en 1968, vous pourrez demander la liquidation de votre pension de fonctionnaire à partir de 63 ans et 9 mois, à condition d’avoir cessé toute activité dans la fonction publique concernée. Pour les générations 1969 et suivantes, l’âge minimal sera de 64 ans. Pour bénéficier d’une pension à taux plein sans décote, vous devrez justifier de 172 trimestres d’assurance tous régimes confondus, ou attendre l’âge de 67 ans pour le taux plein automatique, même si vous n’avez pas validé la totalité des trimestres requis.

Ce relèvement de l’âge légal implique de repenser la fin de carrière : comment adapter son parcours professionnel, sa santé au travail, son projet de vie pour tenir jusqu’à 64 ans, voire au‑delà ? Pour certains agents, cela passera par des aménagements de poste, du temps partiel, une reconversion ou un passage à la retraite progressive. Pour d’autres, en particulier ceux qui ont commencé à travailler très tôt, les dispositifs de carrières longues peuvent permettre un départ avant l’âge légal, sous réserve de conditions précises de début d’activité et de nombre de trimestres cotisés jeunes.

Les catégories actives et les métiers à départ anticipé : policiers, infirmiers, agents pénitentiaires

Certains emplois de la fonction publique sont classés en catégorie active ou super‑active en raison de leur pénibilité, des risques encourus ou des fatigues exceptionnelles qu’ils entraînent. C’est le cas, par exemple, des policiers nationaux, surveillants pénitentiaires, sapeurs‑pompiers professionnels, égoutiers, contrôleurs aériens, aides‑soignants ou encore de certains infirmiers de la fonction publique hospitalière. Pour ces agents, l’âge d’ouverture des droits à la retraite est inférieur à celui des sédentaires, mais il s’accompagne de conditions strictes de durée de services dans ces emplois.

Pour la plupart des fonctionnaires de catégorie active, l’âge de départ anticipé est fixé à 59 ans pour les générations nées à compter de 1974, sous réserve d’avoir accompli au moins 17 ans de services actifs. Pour les employés relevant de la catégorie super‑active (personnel actif de la police nationale, personnels de surveillance de l’administration pénitentiaire, égoutiers parisiens, identificateurs de l’Institut médico‑légal, contrôleurs aériens), l’âge de départ peut être abaissé à 52 ou 54 ans selon l’année de naissance, avec des exigences de services actifs plus longues (souvent 27 ou 32 ans de services).

Ces règles visent à reconnaître la spécificité et la pénibilité de certains métiers, mais elles font régulièrement l’objet de débats, notamment à l’occasion des réformes des retraites. La réforme de 2023 a d’ailleurs relevé progressivement ces âges de départ anticipé, tout en maintenant un différentiel d’au moins 5 ans (catégorie active) ou 10 ans (super‑active) par rapport aux sédentaires. Si vous appartenez à l’un de ces corps, il est indispensable de vérifier précisément, avec votre service RH ou votre caisse de retraite, l’âge à partir duquel vous pouvez partir, la durée de services actifs exigée et les règles de bonification éventuellement applicables.

La retraite progressive et le cumul emploi-retraite dans la fonction publique

Pour accompagner le vieillissement au travail et permettre une transition plus douce entre activité et retraite, la fonction publique s’est dotée de dispositifs spécifiques, comme la retraite progressive et le cumul emploi‑retraite. Ces mécanismes offrent davantage de flexibilité, en permettant aux agents d’aménager leur rythme de travail en fin de carrière ou de reprendre une activité une fois à la retraite, sous certaines conditions. Dans un contexte de relèvement de l’âge légal, ils constituent des leviers importants pour concilier santé, projet de vie et niveau de pension.

Depuis le 1er septembre 2023, la retraite progressive est ouverte aux fonctionnaires des trois versants de la fonction publique ainsi qu’aux magistrats. Concrètement, elle permet de travailler à temps partiel (entre 40 % et 80 % d’un temps complet) tout en percevant une fraction de sa pension de retraite, proportionnelle à la part non travaillée. Pendant cette période, l’agent continue de cotiser et d’acquérir des droits à retraite, ce qui améliore sa pension définitive au moment de la liquidation totale. La retraite progressive constitue ainsi une sorte de « sas de décompression » entre l’activité à plein temps et la retraite complète.

Le cumul emploi‑retraite, quant à lui, permet à un fonctionnaire déjà à la retraite de reprendre une activité professionnelle, dans la fonction publique ou dans le secteur privé, tout en continuant à percevoir sa pension. Les règles varient selon que la pension a été liquidée à taux plein ou non. En cas de taux plein, le cumul est en principe intégral, sans plafond. En cas de retraite anticipée ou de décote, le cumul peut être plafonné, voire entraîner une suspension partielle de la pension si les revenus d’activité dépassent certains seuils. Il s’agit donc d’un outil intéressant pour compléter ses revenus, mais qui nécessite une bonne information préalable pour éviter les mauvaises surprises.

Les réformes du système de retraite et l’évolution vers le système universel par points

Depuis le début des années 2000, le régime de retraite de la fonction publique a connu de nombreuses évolutions : réforme de 2003 (alignement progressif de la durée de cotisation sur le privé, création du RAFP), réforme de 2010 (relèvement de l’âge légal de 60 à 62 ans), réforme de 2014 (allongement de la durée de cotisation), projet avorté de système universel par points, puis réforme de 2023 portant l’âge légal à 64 ans. Chaque étape a poursuivi un double objectif : assurer la soutenabilité financière du système face au vieillissement de la population et rapprocher progressivement les règles du public et du privé, tout en tenant compte des spécificités des métiers de la fonction publique.

Le projet de système universel par points, porté entre 2019 et 2020, visait à fusionner l’ensemble des régimes existants (régime général, régimes spéciaux, fonction publique, professions libérales, etc.) dans un dispositif unique, où chaque euro cotisé aurait donné lieu au même nombre de points, et donc aux mêmes droits. Les fonctionnaires auraient alors vu la règle des six derniers mois remplacée par une prise en compte de l’ensemble de la carrière, y compris les primes, dans une logique proche des régimes complémentaires actuels. Ce projet a été suspendu, puis abandonné, notamment en raison de la crise sanitaire et des fortes oppositions sociales qu’il a suscitées.

La réforme de 2023 a finalement privilégié une approche plus pragmatique : plutôt qu’un grand soir institutionnel, elle a renforcé les paramètres existants (âge légal, durée d’assurance, dispositifs de carrières longues) en maintenant la structure actuelle des régimes, y compris celui de la fonction publique. Néanmoins, la convergence se poursuit de fait : durée d’assurance alignée, taux de cotisations proches, mécanismes de décote/surcote similaires, développement des régimes par points comme le RAFP ou l’IRCANTEC. À long terme, les travaux du Conseil d’orientation des retraites montrent que les taux de remplacement moyens devraient baisser pour l’ensemble des régimes, y compris celui des fonctionnaires, ce qui pose la question de la place de l’épargne retraite individuelle en complément.

Pour les agents publics, l’enjeu n’est donc plus seulement de connaître les règles en vigueur, mais aussi d’anticiper leur évolution probable : part croissante des primes dans la rémunération, montée en puissance du RAFP, possibles ajustements futurs des paramètres (âge, durée, décote), développement du téléservice ENSAP et des outils de simulation. Dans ce contexte mouvant, prendre régulièrement le temps de faire le point sur votre carrière, vérifier vos trimestres, simuler plusieurs scénarios de départ (avec ou sans décote, avec surcote ou retraite progressive) et, le cas échéant, compléter vos droits par de l’épargne retraite volontaire devient une véritable stratégie de long terme pour sécuriser votre niveau de vie une fois à la retraite.