# Le plan d’épargne retraite : fonctionnement et avantages fiscaux
La perspective d’une baisse significative de revenus au moment de la retraite préoccupe de nombreux Français. Selon les dernières statistiques de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES), le taux de remplacement moyen s’établit à 74% pour les salariés du secteur privé, mais peut chuter jusqu’à 50% pour certains profils. Face à cette réalité, le plan d’épargne retraite (PER) s’impose comme un dispositif incontournable pour sécuriser son avenir financier. Créé par la loi PACTE de 2019, ce produit d’épargne à long terme combine souplesse d’utilisation et optimisation fiscale. Accessible à tous les profils d’épargnants, le PER permet de constituer progressivement un capital tout en bénéficiant d’une déduction d’impôt substantielle pendant la phase active. Cette double dimension patrimoniale et fiscale en fait un outil stratégique pour anticiper sereinement la transition vers la retraite.
## Fonctionnement du PER : mécanisme de versements et phases d’épargne
Le plan d’épargne retraite repose sur un mécanisme de capitalisation progressive qui s’étend sur plusieurs décennies. Contrairement aux anciens dispositifs qu’il remplace, le PER offre une architecture simplifiée organisée en trois compartiments distincts selon l’origine des fonds. Cette structuration permet une traçabilité précise des versements et garantit l’application du régime fiscal approprié lors de la liquidation du plan. La phase d’épargne constitue le cœur du dispositif, durant laquelle le titulaire alimente régulièrement ou ponctuellement son plan en fonction de sa capacité financière et de ses objectifs patrimoniaux.
Depuis octobre 2019, le PER a unifié l’ensemble des solutions d’épargne retraite préexistantes pour créer un produit universel et transférable. Cette réforme structurelle visait à simplifier un paysage jugé trop complexe avec pas moins de sept dispositifs différents. Aujourd’hui, que vous soyez salarié, indépendant, fonctionnaire ou sans activité professionnelle, vous pouvez accéder au même produit standardisé. Cette démocratisation constitue une avancée majeure pour démocratiser la préparation financière de la retraite auprès d’un public plus large que les anciens contrats Madelin ou PERP qui ciblaient des catégories spécifiques.
### Versements volontaires et plafonds déductibles du revenu imposable
Les versements volontaires représentent le principal mode d’alimentation d’un PER individuel. Aucun montant minimum ou maximum n’est imposé, offrant ainsi une flexibilité totale pour adapter l’effort d’épargne aux fluctuations de revenus. Cette liberté contractuelle permet d’augmenter substantiellement les versements lors d’années fiscalement favorables, puis de les suspendre temporairement en cas de difficultés financières. Les établissements gestionnaires proposent généralement des seuils d’entrée accessibles, souvent fixés autour de 500 euros pour l’ouverture, puis des versements programmés dès 50 euros mensuels.
La déductibilité fiscale des versements constitue l’avantage distinctif du PER par rapport à d’autres enveloppes d’épargne. Chaque euro versé réduit directement l’assiette imposable dans la limite d’un plafond personnalisé calculé annuellement. Pour un contribuable imposé dans la tranche marginale à 30%, un versement de 5000 euros génère une économie d’impôt immédiate de 1500 euros. Cette mécanique transforme l’effort d’épargne en
un levier de réduction d’impôt particulièrement efficace, à condition de bien maîtriser les plafonds de déduction et de les articuler avec votre stratégie patrimoniale globale. En pratique, il est recommandé de cibler en priorité les années où votre taux marginal d’imposition est le plus élevé, afin de maximiser l’effet de levier fiscal de vos versements.
Transferts depuis les anciens contrats madelin, PERP et article 83
La création du plan d’épargne retraite s’est accompagnée d’un dispositif de transfert des anciens produits d’épargne retraite. Vous pouvez ainsi regrouper sur un même PER les droits acquis sur un PERP, un contrat Madelin, un Perco, un article 83 ou encore des régimes comme Préfon, Corem ou CRH. Cette possibilité de « consolidation » facilite le pilotage de votre stratégie retraite, en évitant la dispersion sur plusieurs contrats aux règles parfois hétérogènes.
Sur le plan pratique, le transfert s’effectue auprès du nouvel organisme gestionnaire, qui se charge des démarches administratives. Lorsque le contrat d’origine a moins de 10 ans, des frais de transfert peuvent être facturés, généralement plafonnés à 5% de l’épargne transférée. Au-delà de ce délai, ou en cas de transfert entre PER détenus depuis plus de 5 ans, ces frais sont fortement encadrés, voire nuls selon les établissements. Vous conservez toutefois la « mémoire fiscale » des sommes transférées, qui restent identifiées comme épargne volontaire, salariale ou cotisations obligatoires dans les différents compartiments du nouveau PER.
Cette portabilité généralisée présente un intérêt particulier pour les épargnants ayant connu plusieurs statuts au cours de leur carrière (salarié, indépendant, cadre dirigeant, etc.). En regroupant vos anciens Madelin, PERP et Article 83 sur un PER unique, vous bénéficiez d’une meilleure visibilité sur votre capital retraite global et vous simplifiez vos arbitrages d’investissement. C’est un peu comme passer d’un classeur rempli de pochettes éparses à un tableau de bord unique, lisible et facilement pilotable.
Phase de constitution et gestion pilotée ou libre du capital
Une fois les versements réalisés (ou les anciens contrats transférés), l’épargne placée sur le PER entre dans une phase de constitution de capital, qui peut durer plusieurs décennies. Pendant cette période, votre épargne est investie sur différents supports financiers (fonds euros, unités de compte, SCPI, ETF, fonds actions, etc.) afin de générer des intérêts et plus-values. C’est la performance de ces supports, diminuée des frais, qui conditionne in fine le montant de la rente ou du capital disponible à la retraite.
Par défaut, le PER fonctionne selon le principe de la gestion pilotée à horizon. Plus votre retraite est lointaine, plus la part investie en actifs dynamiques (actions, fonds diversifiés, immobilier papier) est importante. À l’approche de l’âge de départ, l’allocation est progressivement sécurisée vers des supports moins volatils, comme le fonds en euros ou les obligations. Cette mécanique automatique, comparable au passage d’un mode « sport » à un mode « conduite prudente » à mesure que vous approchez de votre destination, convient particulièrement aux épargnants peu familiers des marchés financiers.
Vous pouvez toutefois renoncer à cette gestion pilotée pour opter pour une gestion libre, voire sous mandat. Dans ce cas, vous choisissez vous-même (ou déléguez à un professionnel) la répartition de votre épargne entre les différents supports proposés. La gestion libre offre plus de flexibilité et un potentiel de rendement supérieur, mais suppose une meilleure tolérance au risque et un suivi plus régulier. Dans tous les cas, il est essentiel de veiller à l’adéquation entre votre profil d’investisseur, votre horizon de retraite et la stratégie d’investissement retenue.
Déblocage anticipé : cas de force majeure et acquisition de résidence principale
Le plan d’épargne retraite est par nature un produit « tunnel » : l’épargne est en principe bloquée jusqu’à la liquidation de vos droits à la retraite ou l’atteinte de l’âge légal. Pour autant, le législateur a prévu plusieurs cas de déblocage anticipé afin de ne pas transformer le PER en carcan financier. Ces exceptions répondent à deux grandes logiques : faire face aux accidents de la vie et accompagner certains projets structurants comme l’acquisition de la résidence principale.
Les cas de force majeure permettant un rachat anticipé sont strictement encadrés : invalidité de 2e ou 3e catégorie du titulaire, de son conjoint ou de ses enfants, décès du conjoint ou partenaire de PACS, expiration des droits aux allocations chômage, surendettement (sur demande de la commission), cessation d’activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire. Dans ces situations, l’intégralité du PER peut être débloquée sous forme de capital unique. Sur le plan fiscal, la part correspondant aux versements est le plus souvent exonérée d’impôt sur le revenu, tandis que les gains supportent uniquement les prélèvements sociaux, ce qui limite l’impact fiscal dans un contexte déjà délicat.
Autre cas emblématique : le déblocage pour l’achat de la résidence principale. Vous pouvez utiliser votre PER pour financer une première acquisition ou un changement de résidence principale, sous réserve que les sommes proviennent de versements volontaires ou d’épargne salariale. Les droits issus de cotisations obligatoires, eux, restent bloqués jusqu’à la retraite. Cette possibilité fait du PER un outil hybride, à mi-chemin entre épargne retraite et épargne immobilière de long terme. Bien utilisé, il permet de concilier deux objectifs majeurs de votre vie patrimoniale : devenir propriétaire et préparer votre retraite.
Dispositif fiscal du PER : déduction des cotisations et fiscalité à la sortie
Au-delà de son fonctionnement financier, le succès du plan d’épargne retraite repose largement sur son dispositif fiscal. Le PER se distingue en effet par un schéma « à la carte », permettant d’arbitrer entre avantage fiscal à l’entrée et fiscalité allégée à la sortie. Pour prendre les bonnes décisions, il est indispensable de comprendre comment sont calculés les plafonds de déductibilité, comment fonctionne la réduction d’impôt à l’entrée, puis comment seront imposés les rentes et capitaux au moment de la retraite.
Plafond de déductibilité : calcul selon le PASS et les revenus professionnels
Les cotisations versées sur un PER sont déductibles du revenu imposable, mais dans la limite d’un plafond annuel de déduction, appelé « plafond d’épargne retraite ». Ce plafond, propre à chaque membre du foyer fiscal, est calculé par l’administration en fonction de vos revenus professionnels de l’année précédente et du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). En 2026, par exemple, le plafond de déductibilité pour un salarié est égal au plus élevé des deux montants suivants : 10% de ses revenus d’activité 2025 (nets de frais professionnels), plafonnés à 8 PASS, ou 10% du PASS 2025, soit 4 710 euros.
Pour les travailleurs non salariés, le calcul est plus généreux, afin de compenser des régimes de retraite obligatoires souvent moins protecteurs. Le plafond de déduction correspond à 10% du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS, augmentés de 15% de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. En pratique, le plafond maximum peut dépasser 80 000 euros certaines années, ce qui fait du PER un outil de défiscalisation particulièrement puissant pour les indépendants à hauts revenus. Les plafonds non utilisés sont reportables sur les trois années suivantes, permettant de lisser dans le temps les versements et d’en optimiser l’effet fiscal.
Vous pouvez consulter vos plafonds disponibles directement sur votre dernier avis d’imposition, dans la rubrique dédiée à l’épargne retraite. C’est un réflexe à adopter avant chaque fin d’année : vérifier votre « enveloppe fiscale » restante et ajuster vos versements en conséquence. De la même manière qu’un sportif surveille son compteur de calories pour optimiser sa performance, l’épargnant avisé suit ses plafonds PER pour optimiser son économie d’impôt.
Réduction d’impôt à l’entrée et optimisation de la tranche marginale d’imposition
Lorsque vous choisissez de déduire vos versements volontaires de votre revenu imposable, vous bénéficiez d’une réduction d’impôt mécanique, proportionnelle à votre tranche marginale d’imposition (TMI). Concrètement, si vous êtes imposé à 30% et que vous versez 6 000 euros sur votre PER (dans la limite de vos plafonds), vous diminuez votre impôt d’environ 1 800 euros. C’est comme si l’État finançait près d’un tiers de votre effort d’épargne, en contrepartie de l’engagement de conserver ces sommes jusqu’à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé).
Ce mécanisme est particulièrement attractif pour les contribuables des tranches à 30% ou 41%, voire 45%. À l’inverse, si votre TMI est faible ou nul, l’intérêt de la déduction à l’entrée se réduit. Dans ce cas, il peut être plus judicieux de renoncer à la déductibilité et de privilégier une fiscalité allégée à la sortie, notamment en cas de retrait en capital. L’une des forces du PER est précisément de vous laisser ce choix à chaque versement : vous pouvez décider, ligne par ligne, d’affecter un versement en « déductible » ou « non déductible », en fonction de votre situation fiscale de l’année.
Pour optimiser l’utilisation de votre PER, il est donc pertinent de raisonner en termes de « différentiel de TMI » entre la phase d’activité et la retraite. Si vous anticipez une baisse sensible de votre tranche d’imposition au moment de la retraite, la stratégie classique consiste à maximiser la déduction à l’entrée. Vous profitez ainsi d’un avantage fiscal fort aujourd’hui, tout en acceptant une imposition plus douce demain, lorsque vos revenus seront plus faibles. À l’inverse, si vous êtes peu imposé aujourd’hui mais pensez l’être davantage à la retraite (cas plus rare), l’option non déductible à l’entrée peut se défendre.
Taxation des rentes viagères et application du barème progressif de l’IR
Au moment de la sortie du plan, vous pouvez choisir de percevoir vos droits sous forme de rente viagère, de capital, ou d’un mix des deux. Lorsque les versements ont été déduits à l’entrée, les rentes issues d’un PER sont imposées comme des pensions de retraite classiques. Elles sont soumises au barème progressif de l’impôt sur le revenu, après application d’un abattement forfaitaire de 10% (plafonné au niveau du foyer fiscal). Le montant net imposable vient alors s’ajouter à vos autres revenus de retraite (régime de base, complémentaire, etc.).
Si, en revanche, la rente provient de versements qui n’ont pas été déduits fiscalement (ou de certaines composantes d’épargne salariale), elle relève du régime des rentes viagères à titre onéreux. Dans ce cas, seule une fraction de la rente est imposable, déterminée en fonction de votre âge au premier versement : 70% avant 50 ans, 50% entre 50 et 59 ans, 40% entre 60 et 69 ans, 30% au-delà. Ce régime, plus favorable, peut s’avérer intéressant pour les épargnants ayant volontairement renoncé à la déduction à l’entrée, ou disposant d’un fort patrimoine financier hors PER.
Le choix entre rente et capital n’est donc pas uniquement patrimonial (recherche d’un revenu garanti à vie versus flexibilité d’un capital disponible), il est aussi fiscal. Avant de liquider votre PER, il est judicieux de réaliser des simulations intégrant vos autres sources de revenus, votre TMI prévisionnel et le régime d’imposition applicable à chaque composante de votre plan.
Prélèvements sociaux CSG-CRDS sur les versements déductibles
Outre l’impôt sur le revenu, les sorties de PER sont soumises aux prélèvements sociaux, principalement la CSG et la CRDS. Pour les rentes imposées comme pensions de retraite (issues de versements déductibles), une fraction de la rente est assujettie aux prélèvements sociaux au taux global de 17,2%. Là encore, la fraction retenue dépend de votre âge au moment de la liquidation de la rente, selon le même barème que pour les rentes viagères à titre onéreux (70%, 50%, 40% ou 30%).
En cas de sortie en capital, la fiscalité distingue la part correspondant aux versements et celle correspondant aux gains. Les sommes retirées correspondant à des versements déductibles sont soumises à l’impôt sur le revenu (sans abattement de 10%), mais exonérées de prélèvements sociaux. À l’inverse, les intérêts et plus-values générés par le contrat sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30%, qui inclut 12,8% d’impôt sur le revenu et 17,2% de prélèvements sociaux. Ce cadre fiscal, complexe de prime abord, reste généralement plus favorable que celui d’une épargne classique à long terme, surtout pour les contribuables les plus imposés.
Enfin, rappelons qu’en phase d’épargne, les gains capitalisés au sein du PER ne sont pas taxés tant que vous ne réalisez pas de retrait. Ce différé d’imposition, combiné à la capitalisation des intérêts, renforce la puissance de l’effet boule de neige sur le long terme. C’est un peu comme laisser vos intérêts « travailler » 24h/24 sans ponction intermédiaire : au bout de 20 ou 30 ans, l’écart avec une épargne fiscalisée annuellement peut être significatif.
PER individuel versus PER collectif : choix du compartiment adapté
Le plan d’épargne retraite existe sous plusieurs formes : PER individuel, PER d’entreprise collectif (PERECO) et PER d’entreprise obligatoire (PERO). Derrière cette typologie se cache une réalité simple : selon votre statut (salarié, indépendant, chef d’entreprise, fonctionnaire), certains compartiments seront plus accessibles ou plus avantageux que d’autres. Le PER individuel, d’abord, est souscrit à titre personnel auprès d’une banque, d’une mutuelle ou d’une compagnie d’assurance. Il est entièrement alimenté par vos versements volontaires, éventuellement complétés par des transferts d’autres dispositifs.
Le PER collectif, mis en place au niveau de l’entreprise, s’adresse à l’ensemble des salariés (ou à certaines catégories dans le cas du PER obligatoire). Il peut recevoir des versements volontaires du salarié, de l’épargne salariale (intéressement, participation, abondement) et des cotisations obligatoires de l’employeur. Pour vous, salarié, l’intérêt principal du PER collectif tient à la possibilité de bénéficier d’abondements employeur et de la défiscalisation de l’épargne salariale, souvent exonérée d’impôt sur le revenu si elle est affectée au PER. En résumé, le PER individuel est le socle universel, tandis que le PER collectif ajoute une couche d’optimisation grâce à la participation de l’employeur.
En pratique, beaucoup d’épargnants combinent les deux : ils profitent du PER d’entreprise tant qu’ils sont salariés, puis transfèrent ensuite tout ou partie de leurs droits vers un PER individuel en cas de changement d’employeur, de départ à l’étranger ou de passage à l’indépendance. Le choix du « bon » compartiment ne se fait donc pas une fois pour toutes : il évolue avec votre carrière. L’important est de garder une vision globale de vos PER, en évitant de laisser dormir des avoirs sur des anciens plans d’entreprise peu performants ou coûteux en frais.
Stratégies d’arbitrage entre supports en euros et unités de compte
Au-delà des aspects fiscaux et juridiques, la performance de votre plan d’épargne retraite dépend surtout de la façon dont vous investissez l’épargne accumulée. La plupart des PER proposent aujourd’hui un large éventail de supports : fonds en euros, unités de compte investies en actions, obligations, immobilier, ETF, etc. La question centrale est donc la suivante : comment arbitrer, dans la durée, entre sécurité du capital et recherche de rendement, en fonction de votre profil de risque et de votre horizon de retraite ?
Allocation d’actifs selon le profil de risque et l’horizon de retraite
La première brique d’une bonne stratégie d’investissement sur un PER est l’allocation d’actifs. Elle consiste à répartir votre épargne entre différentes classes d’actifs (monétaire, obligataire, actions, immobilier, diversifiés) en fonction de deux paramètres clés : votre tolérance au risque et le nombre d’années restant avant la retraite. Plus votre horizon est long, plus vous pouvez accepter de volatilité à court terme pour espérer un rendement supérieur à long terme. À l’inverse, plus vous approchez de la retraite, plus il est prudent de sécuriser progressivement votre capital.
C’est précisément l’objectif de la gestion pilotée à horizon proposée par défaut sur la plupart des PER. À 30 ans de la retraite, la part d’actions peut représenter 60 à 80% de l’allocation, contre 20 à 40% à 10 ans de la retraite, puis moins de 20% au moment du départ. Vous pouvez toutefois affiner ce curseur en fonction de votre profil : prudent, équilibré ou dynamique. Un profil prudent acceptera peu de variations de valeur, quitte à renoncer à une partie du potentiel de rendement. Un profil dynamique, au contraire, privilégiera la croissance du capital, en acceptant des phases de baisse temporaire.
Fonds euros : garantie du capital et taux de rendement 2024
Le fonds en euros constitue le pilier sécurisé du PER. Il offre une garantie en capital à tout moment (hors frais éventuels), associée à un rendement annuel net de risque mais variable selon les années et les assureurs. Après plusieurs années de baisse, les taux servis sur les fonds euros ont amorcé un redressement en 2023 et 2024, sous l’effet de la remontée des taux obligataires. De nombreux contrats ont ainsi affiché des rendements compris entre 2,5% et 3,5% en 2024, parfois plus pour les fonds euros dits « dynamiques » ou « immobiliers ».
Pour autant, le fonds euros ne doit pas être considéré comme une solution unique, surtout si votre horizon de retraite est lointain. En investissant exclusivement sur ce support pendant 25 ou 30 ans, vous risquez de voir votre pouvoir d’achat grignoté par l’inflation, même avec des taux remontés. L’enjeu est donc d’utiliser le fonds euros comme un socle de sécurité, en y logeant une part plus importante de votre PER à l’approche de la retraite, tout en conservant une exposition mesurée aux unités de compte pour dynamiser la performance globale.
SCPI, ETF et fonds actions dans le cadre du PER
Les unités de compte (UC) offrent un large spectre de possibilités pour diversifier et potentiellement doper le rendement de votre plan d’épargne retraite. Parmi elles, les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier) permettent d’accéder à l’immobilier locatif professionnel (bureaux, commerces, logistique, santé) avec un ticket d’entrée réduit. Les loyers perçus viennent alimenter la performance de votre PER, mais la valeur des parts peut fluctuer, y compris à la baisse. Les ETF (fonds indiciels cotés), quant à eux, répliquent la performance d’indices boursiers (CAC 40, MSCI World, etc.) avec des frais généralement réduits. Ils constituent un outil efficace pour capter la croissance des marchés actions sur le long terme.
Les fonds actions et fonds diversifiés complètent l’offre, en permettant de cibler des zones géographiques, des secteurs ou des thématiques spécifiques (technologie, santé, transition énergétique, etc.). Attention cependant : ces supports présentent un risque de perte en capital et peuvent connaître des variations importantes à court terme. C’est pourquoi il est essentiel de les aborder avec une vision de long terme, particulièrement adaptée à l’horizon d’un PER. Un bon compromis peut consister à combiner un noyau d’ETF larges et peu coûteux avec quelques fonds plus spécialisés, tout en conservant une poche significative en fonds euros.
Options de sortie du PER : rente viagère versus capital en une fois
Arrivé à l’âge de la retraite, se pose une question centrale : comment souhaitez-vous récupérer votre épargne accumulée sur le PER ? Le dispositif vous offre une grande souplesse, puisque vous pouvez opter pour une sortie en rente viagère, en capital, ou mixer les deux. La sortie en rente consiste à transformer votre capital en un revenu régulier, versé jusqu’à votre décès, éventuellement réversible au profit d’un conjoint ou d’un proche. Cette option sécurise un complément de revenu à vie, au prix d’une moindre flexibilité et d’un risque de « perte de capital » en cas de décès prématuré si la rente n’est pas réversible.
La sortie en capital, en une ou plusieurs fois, vous permet de disposer librement des sommes accumulées. Vous pouvez ainsi financer un projet important (achat immobilier, donation aux enfants, travaux, etc.), rembourser un crédit ou reconstituer une épargne plus liquide (par exemple sur une assurance vie). Fiscalement, la part du capital correspondant à des versements déductibles est imposée à l’impôt sur le revenu, tandis que les gains sont soumis au PFU de 30%. La possibilité de fractionner les retraits sur plusieurs années permet d’étaler la charge fiscale et de mieux maîtriser l’impact sur votre TMI.
Dans la pratique, beaucoup d’épargnants choisissent une solution intermédiaire : convertir une partie du PER en rente pour sécuriser un « socle » de revenus complémentaires, et récupérer le reste en capital pour conserver de la flexibilité. Cette approche mixte répond bien à la diversité des besoins au moment de la retraite. Avant de trancher, il est recommandé de réaliser un bilan retraite complet, en tenant compte de l’ensemble de vos pensions, de vos autres placements et de vos charges prévues (logement, santé, soutien aux proches, etc.).
Transmission patrimoniale et clause bénéficiaire du PER en cas de décès
Le plan d’épargne retraite ne se limite pas à la préparation d’un complément de revenu : il joue aussi un rôle dans votre stratégie de transmission patrimoniale. En cas de décès, les sommes présentes sur votre PER peuvent être transmises à vos proches, selon des modalités qui dépendent de la nature du plan (PER assurantiel ou PER compte-titres) et de votre âge au moment du décès. Si votre PER est assuré (la forme la plus répandue), il bénéficie d’un régime proche de celui de l’assurance vie, avec une clause bénéficiaire que vous pouvez rédiger et modifier librement.
Lorsque le décès intervient avant 70 ans, chaque bénéficiaire désigné peut recevoir jusqu’à 152 500 euros exonérés de droits de succession. Au-delà, un prélèvement de 20% s’applique jusqu’à 852 500 euros, puis 31,25% au-delà. Si le décès survient après 70 ans, un abattement global de 30 500 euros est partagé entre l’ensemble des bénéficiaires, avant application des droits de succession classiques en fonction du lien de parenté. Ce cadre fiscal avantageux fait du PER assurantiel un outil pertinent pour transmettre un capital à ses enfants ou petits-enfants, en complément d’une assurance vie.
Dans le cas d’un PER ouvert sous forme de compte-titres, les sommes sont intégrées à l’actif successoral et soumises au barème classique des droits de succession, sans bénéficier des abattements spécifiques de l’assurance vie. D’où l’importance de bien choisir, dès l’ouverture, la nature de votre PER en fonction de vos objectifs de transmission. La rédaction de la clause bénéficiaire mérite également une attention particulière : vous pouvez, par exemple, prévoir une répartition entre plusieurs bénéficiaires, des degrés de priorité, ou encore une réversion de la rente en cas de décès du titulaire.
En définitive, le plan d’épargne retraite s’inscrit au croisement de trois enjeux majeurs : la préparation de vos revenus futurs, l’optimisation de votre fiscalité pendant la vie active et la protection de vos proches. C’est cette polyvalence, alliée à une grande souplesse de fonctionnement, qui en fait aujourd’hui l’un des piliers de la stratégie patrimoniale des ménages français.