# Le PER, nouveau produit d’épargne dédié à la retraite
La réforme de l’épargne retraite engagée depuis octobre 2019 marque un tournant décisif dans la préparation financière des Français face à leur départ à la retraite. Avec une baisse moyenne de revenus estimée entre 25% et 50% lors du passage à la retraite, la constitution d’un complément de revenus devient une nécessité pour maintenir son niveau de vie. Le Plan d’Épargne Retraite se positionne comme la solution de référence pour répondre à cet enjeu majeur, unifiant les anciens dispositifs dispersés sous une enveloppe fiscale unique et attractive. Ce nouveau cadre réglementaire offre une souplesse inégalée en matière de gestion, de versements et de récupération des fonds, tout en préservant des avantages fiscaux substantiels qui séduisent aussi bien les salariés que les travailleurs non-salariés.
Le cadre réglementaire du plan d’épargne retraite selon la loi PACTE
La loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) a profondément restructuré l’architecture de l’épargne retraite française en créant un cadre unifié et simplifié. Cette réforme législative répond à une double exigence : harmoniser les règles de fonctionnement des différents produits existants et renforcer l’attractivité de l’épargne longue auprès des Français. Avant cette refonte, le paysage de l’épargne retraite était éclaté entre plusieurs dispositifs aux caractéristiques hétérogènes, rendant difficile la compréhension et la comparaison pour les épargnants. Le nouveau cadre réglementaire impose désormais des standards communs en matière de gestion, de frais et d’information du souscripteur, garantissant une meilleure protection des droits acquis tout au long de la vie professionnelle.
L’architecture juridique du PER repose sur trois piliers fondamentaux : la portabilité totale des droits, la liberté de choix à la sortie et la transparence des frais et performances. Les organismes gestionnaires sont tenus de fournir annuellement un relevé détaillé mentionnant l’évolution du compte, la performance financière des investissements, le montant des frais prélevés et les conditions de transfert du plan. Cette obligation d’information renforcée permet à chaque titulaire de suivre précisément l’évolution de son épargne et de prendre des décisions éclairées concernant sa stratégie d’investissement. À partir de la cinquième année précédant l’âge de départ à la retraite, le gestionnaire doit également informer le souscripteur sur les possibilités de sortie adaptées à sa situation personnelle.
Les trois compartiments du PER : individuel, collectif et obligatoire
Le PER s’organise selon une structure à trois compartiments, chacun correspondant à l’origine des fonds versés et bénéficiant d’un traitement fiscal spécifique. Le compartiment n°1, dit compartiment individuel, recueille les versements volontaires effectués par le titulaire du plan. Ces versements peuvent être déductibles du revenu imposable ou non-déductibles, selon le choix exprimé par l’épargnant au moment de chaque versement. Cette option fiscale déterminera directement le régime d’imposition applicable lors de la récupération des fonds à la retraite. Le compartiment individuel constitue le socle principal du PER individuel, accessible à toute personne majeure disposant de sa capacité juridique, sans condition d’activité professionnelle.
Le compartiment
Le compartiment n°2, dit compartiment collectif, regroupe quant à lui les sommes issues de l’épargne salariale : intéressement, participation, abondement de l’employeur, prime de partage de la valeur ou encore droits inscrits sur un compte épargne temps. Ces versements sont généralement effectués dans le cadre d’un PER d’entreprise collectif et bénéficient d’un régime social et fiscal particulièrement avantageux à l’entrée. Enfin, le compartiment n°3 est réservé aux cotisations obligatoires, versées par l’employeur et, le cas échéant, par le salarié dans le cadre d’un PER d’entreprise obligatoire. Ces cotisations sont soumises à des règles de sortie plus strictes, la liquidation s’effectuant en principe uniquement sous forme de rente viagère.
Cette segmentation en trois compartiments ne se limite pas à une simple classification comptable : elle conditionne la fiscalité à la sortie et les possibilités de déblocage anticipé. Lorsque vous transférez un ancien produit d’épargne retraite (PERP, Madelin, Perco, Article 83) vers un PER, les droits sont ventilés dans le compartiment correspondant à la nature d’origine des versements. Cette logique permet de préserver les avantages fiscaux attachés à chaque flux tout en profitant de la souplesse du nouveau cadre. Concrètement, un même PER peut donc cumuler, au sein de ces trois compartiments, des sommes issues de versements individuels, de l’épargne salariale et de cotisations obligatoires, chacune avec ses propres règles de sortie.
La transférabilité entre PERP, contrat madelin et article 83
La loi PACTE a instauré une véritable portabilité des droits à la retraite supplémentaire en rendant possible le transfert de la quasi-totalité des anciens produits d’épargne retraite vers le PER. Sont notamment concernés les PERP, les contrats Madelin, les régimes de type Préfon, Corem ou CRH, ainsi que les contrats « Article 83 » et les Perco. Ce transfert peut être réalisé à l’initiative de l’épargnant à tout moment, sous réserve du respect de certains délais et plafonds de frais : en deçà de 5 ans d’ancienneté du contrat, les frais de transfert sont plafonnés à 1 % de l’encours, puis deviennent nuls au-delà.
Sur le plan pratique, le transfert se matérialise par une demande écrite adressée au nouvel organisme gestionnaire, qui se charge de solliciter l’ancien établissement. Les droits acquis sur un PERP ou un contrat Madelin alimentent en principe le compartiment n°1 du PER, tandis que ceux d’un Perco rejoignent le compartiment n°2 et ceux d’un Article 83 le compartiment n°3. Cette ventilation permet de conserver le « passé fiscal » des versements, notamment pour distinguer les sommes ayant déjà bénéficié d’une déduction à l’entrée. Pour vous, l’intérêt est double : regrouper vos anciens contrats pour simplifier le suivi, et bénéficier d’options de sortie plus flexibles, en particulier la possibilité d’une sortie à 100 % en capital sur les compartiments 1 et 2.
Il convient toutefois d’être vigilant sur le timing et les conséquences fiscales du transfert. Le fait de regrouper des contrats peut modifier la manière dont s’appliquera la fiscalité à la sortie, notamment si vous avez alterné versements déductibles et non déductibles. Avant d’engager un transfert important, il peut être utile de faire le point avec un conseiller ou de réaliser une simulation chiffrée, en prenant en compte votre taux marginal d’imposition actuel et celui anticipé à la retraite. En résumé, le PER agit comme une « station d’accueil » universelle pour vos anciennes solutions d’épargne retraite, mais le branchement doit être effectué avec méthode.
La directive européenne IORP II et son impact sur la gestion des PER
Au-delà du droit français, le cadre du PER s’inscrit dans une dynamique européenne portée par la directive IORP II (Institutions for Occupational Retirement Provision). Cette directive, transposée en droit national, renforce les exigences en matière de gouvernance, de gestion des risques et de protection des épargnants pour les régimes de retraite professionnelle. Même si le PER individuel reste majoritairement régi par le Code des assurances et le Code monétaire et financier, les PER d’entreprise sont directement influencés par ces standards européens, notamment sur le plan de la transparence et du pilotage financier.
Concrètement, IORP II impose une meilleure formalisation des politiques de gestion des risques, de gestion des conflits d’intérêts et de maîtrise des coûts. Les gestionnaires de PER doivent être en mesure de démontrer que la stratégie d’investissement adoptée est cohérente avec l’horizon de long terme de la retraite, tout en respectant le principe de prudence. Pour vous, cela se traduit par des allocations d’actifs plus structurées, une surveillance accrue des risques (de marché, de liquidité, de contrepartie) et une exigence de diversification renforcée. La directive encourage également l’intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les politiques d’investissement, ce qui explique la montée en puissance des fonds ISR et labellisés au sein des PER.
IORP II consacre enfin le droit pour les épargnants à une information claire et régulière sur la situation de leur plan. Les PER doivent fournir des documents standardisés présentant la stratégie d’investissement, les risques principaux et les frais, à l’image des documents d’informations clés pour l’investisseur (DICI) en assurance-vie. Cette convergence européenne crée un environnement plus sécurisé pour l’épargne retraite, en limitant les pratiques commerciales agressives et en rendant les comparaisons plus aisées entre produits. En toile de fond, l’objectif est de renforcer la confiance dans les dispositifs de retraite par capitalisation, alors que la pression démographique sur les régimes par répartition ne cesse de s’intensifier.
Les obligations de transparence des établissements gestionnaires
Les établissements qui commercialisent et gèrent des PER – banques, compagnies d’assurance, mutuelles ou sociétés de gestion – sont soumis à des obligations de transparence particulièrement strictes. Dès la souscription, ils doivent remettre au client une documentation complète détaillant les caractéristiques du plan : nature juridico-financière (PER assurance ou PER compte-titres), modes de gestion proposés, structure des frais, règles de fonctionnement des trois compartiments et modalités de sortie. Cette information préalable doit être rédigée dans un langage clair, permettant à un épargnant non spécialiste de comprendre les enjeux majeurs du contrat.
Chaque année, un relevé de situation doit ensuite être adressé au titulaire du PER. Ce document mentionne la valeur de rachat du plan, la ventilation des droits par compartiment, les performances des supports d’investissement, ainsi que le montant des frais prélevés au cours de l’exercice. À partir de la cinquième année précédant l’âge légal de départ à la retraite, le gestionnaire doit en outre fournir une projection indicative des droits futurs, selon différents scénarios, afin de vous aider à anticiper le complément de revenus dont vous pourrez disposer. En cas de transfert, l’ancien gestionnaire dispose de délais encadrés (de 2 à 4 mois selon les cas) pour transmettre l’intégralité des informations nécessaires au nouvel opérateur.
Sur le plan réglementaire, la Direction générale du Trésor, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) veillent au respect de ces obligations. En cas de manquement grave ou répété, des sanctions peuvent être prononcées, allant du simple avertissement à l’amende, voire au retrait d’agrément pour les cas les plus extrêmes. Pour l’épargnant, cette transparence renforcée est essentielle : elle permet de comparer objectivement les PER du marché, d’identifier les frais cachés et d’arbitrer, le cas échéant, vers des contrats plus performants ou moins coûteux. En pratique, prendre l’habitude de lire attentivement son relevé annuel de PER est un réflexe simple mais précieux pour garder la maîtrise de sa stratégie retraite.
La fiscalité optimisée du PER : déductions et imposition à la sortie
L’un des principaux atouts du Plan d’Épargne Retraite réside dans sa fiscalité particulièrement attractive, pensée pour encourager l’effort d’épargne à long terme. Le principe général est le suivant : vous pouvez choisir de bénéficier d’un avantage fiscal à l’entrée, en déduisant vos versements volontaires de votre revenu imposable, en contrepartie d’une imposition plus forte à la sortie. À l’inverse, vous pouvez renoncer à cette déduction initiale pour profiter d’une fiscalité allégée lorsque vous récupérez votre capital ou votre rente à la retraite. Cette souplesse permet d’adapter la stratégie fiscale du PER à votre situation personnelle et à l’évolution de vos revenus au fil du temps.
Pour tirer pleinement parti de ce dispositif, il est essentiel de bien comprendre les plafonds de déductibilité, les règles de mutualisation entre conjoints, ainsi que l’articulation entre imposition des rentes et des sorties en capital. Le Code général des impôts, notamment via l’article 163 quatervicies, encadre précisément ces mécanismes. Nous allons voir que, bien utilisés, ils permettent de transformer le PER en un véritable levier d’optimisation fiscale, en particulier pour les contribuables soumis à un taux marginal d’imposition élevé ou les travailleurs non-salariés.
Le plafond de déductibilité selon l’article 163 quatervicies du CGI
L’article 163 quatervicies du Code général des impôts définit le plafond annuel dans la limite duquel les versements volontaires sur un PER sont déductibles de votre revenu imposable. Pour un salarié, ce plafond est égal au plus élevé des deux montants suivants : 10 % des revenus d’activité professionnelle de l’année N-1, nets de frais professionnels, retenus dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), ou 10 % du PASS de l’année N-1. Concrètement, cela signifie que même avec des revenus modestes, vous disposez d’un minimum de déduction ; à l’inverse, pour les hauts revenus, la déduction peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par an.
Ce mécanisme s’applique à la fois aux versements effectués sur un PER individuel et aux versements volontaires sur un PER d’entreprise (collectif ou obligatoire). Il est important de noter que ce plafond est global : il englobe l’ensemble des versements déductibles réalisés sur vos différents dispositifs d’épargne retraite, y compris certains régimes facultatifs comme la Préfon pour les fonctionnaires. En pratique, votre plafond personnel de déduction figure chaque année sur votre avis d’imposition, dans la rubrique « plafond épargne retraite », ce qui vous permet de connaître exactement la marge de manœuvre fiscale dont vous disposez avant d’effectuer un versement en fin d’année.
Autre particularité intéressante : le plafond non utilisé au titre d’une année donnée est reportable sur les trois années suivantes. Si, par exemple, vous n’avez pas utilisé votre plafond en 2023 et 2024, vous pouvez en 2026 cumuler vos plafonds 2023, 2024 et 2025 pour réaliser un versement exceptionnel et bénéficier d’une déduction plus importante. Ce mécanisme de report est particulièrement utile lorsque vous anticipez une forte hausse ponctuelle de vos revenus (prime exceptionnelle, plus-value, année de forte activité pour un TNS) et souhaitez lisser votre imposition grâce à un effort d’épargne retraite renforcé.
La mutualisation des plafonds entre conjoints et TNS
Le législateur a prévu une option de mutualisation des plafonds de déduction pour les couples mariés ou pacsés soumis à une imposition commune. Concrètement, chaque membre du foyer fiscal dispose de son propre plafond « épargne retraite », mais le couple peut choisir d’affecter tout ou partie du plafond non utilisé de l’un au bénéfice de l’autre. Cette mutualisation est particulièrement intéressante lorsque l’un des conjoints dispose d’un revenu beaucoup plus élevé et se situe dans une tranche marginale d’imposition supérieure, alors que l’autre n’utilise pas ou peu son plafond.
Pour les travailleurs non-salariés (TNS), le régime est encore plus favorable. Le plafond de déductibilité est calculé sur la base du bénéfice imposable de l’année (BIC, BNC, BA), selon une formule spécifique plus généreuse que celle applicable aux salariés : 10 % du bénéfice dans la limite de 8 PASS, auxquels s’ajoutent 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Le plafond maximal théorique peut ainsi dépasser 80 000 € par an pour les revenus les plus élevés. En pratique, cela permet aux indépendants de réduire très significativement leur base imposable en alimentant leur PER, tout en se constituant un capital retraite conséquent.
Vous êtes TNS et votre conjoint est salarié ? Les deux régimes se cumulent, chacun avec son propre plafond, éventuellement mutualisable. Une stratégie courante consiste, par exemple, à utiliser en priorité le plafond du conjoint le plus imposé, tout en veillant à ne pas négliger l’intérêt d’une diversification des enveloppes (PER, assurance-vie, PEA). Comme souvent en matière de fiscalité, l’optimisation repose sur un dosage fin entre réduction immédiate d’impôt et flexibilité à long terme. Ne pas utiliser ses plafonds d’épargne retraite plusieurs années de suite, alors que l’on est fortement imposé, revient souvent à laisser de l’argent sur la table.
L’imposition des rentes viagères au barème progressif de l’IR
Au moment de la retraite, vous pouvez choisir de sortir tout ou partie de votre PER sous forme de rente viagère. Lorsque les versements qui ont alimenté votre PER ont été déduits de votre revenu imposable à l’entrée, la rente perçue est imposée selon le régime applicable aux pensions de retraite. Elle est donc soumise au barème progressif de l’impôt sur le revenu, après application de l’abattement de 10 % commun à l’ensemble des pensions et retraites, dans la limite d’un plafond global par foyer fiscal. Cette rente supporte également des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, CASA), à des taux globalement proches de 10 % à 17,2 % selon votre situation.
Lorsque la rente provient de versements non déductibles, ou de sommes issues de l’épargne salariale, c’est le régime des rentes viagères à titre onéreux qui s’applique. Seule une fraction de la rente est alors imposable à l’impôt sur le revenu, cette fraction dépendant de votre âge au moment du premier versement de la rente : 70 % avant 50 ans, 50 % entre 50 et 59 ans, 40 % entre 60 et 69 ans, et 30 % au-delà de 69 ans. La même fraction est soumise aux prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. On voit ici tout l’intérêt de bien distinguer, dès la phase d’épargne, les versements déduits et non déduits, car ils ne subiront pas le même traitement fiscal à la sortie.
Dans la pratique, le choix entre sortie en rente ou en capital – ou une combinaison des deux – doit tenir compte de plusieurs paramètres : votre espérance de vie, vos autres sources de revenus (pensions obligatoires, loyers, dividendes), mais aussi votre taux marginal d’imposition à la retraite. La rente viagère offre une sécurité précieuse, comparable à un « salaire garanti » à vie, mais elle est irréversible et peut se révéler moins intéressante fiscalement si vous êtes faiblement imposé. À l’inverse, opter pour une sortie en capital permet une plus grande flexibilité, au prix d’une discipline personnelle accrue pour étaler les retraits dans le temps.
Le régime fiscal des sorties en capital et prélèvements sociaux CSG-CRDS
La grande innovation du PER par rapport aux anciens PERP et contrats Madelin est la possibilité de sortir en capital jusqu’à 100 % des sommes issues des compartiments 1 et 2. Lorsque les versements volontaires ont été déduits du revenu imposable à l’entrée, la part du capital correspondant à ces versements est imposée à l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des pensions, mais sans bénéficier de l’abattement de 10 %. La part correspondant aux gains (plus-values et revenus capitalisés) est quant à elle soumise au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, qui se décompose en 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité).
Si vous avez choisi de ne pas déduire vos versements à l’entrée, le traitement est beaucoup plus favorable à la sortie : la part du capital correspondant aux versements est totalement exonérée d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, seule la fraction correspondant aux gains étant taxée au PFU de 30 % (ou, sur option globale, au barème progressif de l’IR plus prélèvements sociaux). Autrement dit, vous avez échangé un avantage fiscal différé (à la sortie) contre l’absence de réduction immédiate d’impôt. Cette stratégie peut être pertinente si vous êtes aujourd’hui faiblement imposé mais anticipez une imposition plus élevée à la retraite, ou si vous souhaitez conserver une liberté maximale dans la gestion de vos retraits.
Dans tous les cas, les prélèvements sociaux CSG-CRDS constituent une composante incontournable de la fiscalité du PER. Ils s’appliquent soit sur une fraction de la rente (pour les rentes viagères à titre onéreux), soit sur la totalité des gains en capital. Il est donc crucial, au moment de planifier vos retraits, de tenir compte non seulement de l’impôt sur le revenu, mais aussi de cette couche de prélèvements sociaux. Une bonne pratique consiste à lisser les sorties sur plusieurs années pour éviter de franchir une tranche marginale d’imposition supérieure et limiter ainsi la pression fiscale globale.
Les supports d’investissement : unités de compte et fonds euros
Au-delà des aspects juridiques et fiscaux, la performance de votre Plan d’Épargne Retraite dépendra avant tout de la qualité des supports d’investissement sélectionnés. Comme pour l’assurance-vie, les PER peuvent être construits autour de deux grandes familles de supports : les fonds en euros, sécurisés mais à rendement modéré, et les unités de compte (UC), plus dynamiques mais exposées aux fluctuations des marchés financiers. La loi PACTE impose par ailleurs que la gestion pilotée à horizon retraite soit proposée par défaut, avec une part décroissante d’actifs risqués à mesure que vous approchez de l’âge de départ en retraite.
Dans la pratique, les PER modernes offrent un large éventail de supports : fonds actions, obligations, fonds diversifiés, ETF (trackers), SCPI, OPCI, fonds thématiques ou encore fonds labellisés ISR et Greenfin. Cette diversité vous permet de bâtir une allocation d’actifs sur mesure, adaptée à votre profil de risque, à votre horizon de placement et à vos convictions – par exemple en faveur de la transition énergétique. Encore faut-il bien comprendre le fonctionnement de ces supports et leurs avantages respectifs, ce que nous allons détailler à travers quelques exemples concrets largement présents dans l’offre de marché.
Les fonds euros sécurisés : rendements suravenir opportunités et apicil euro garanti
Les fonds en euros constituent le socle sécurisé de nombreux PER assurantiels. Ils offrent une garantie en capital à tout moment (hors frais de gestion et fiscalité) et distribuent chaque année un rendement composé d’intérêts, issus principalement d’investissements obligataires. Parmi les références souvent citées, on retrouve des fonds comme Suravenir Opportunités ou Apicil Euro Garanti, accessibles dans certains PER commercialisés par des courtiers en ligne ou des réseaux bancaires. Leurs rendements servis ces dernières années se situent généralement au-dessus de la moyenne du marché des fonds euros, tout en conservant un niveau de sécurité élevé.
Dans un contexte de remontée progressive des taux d’intérêt depuis 2022, les fonds euros retrouvent un certain attrait, après plusieurs années de rendements atones. Ils restent toutefois moins performants, sur le long terme, que les unités de compte investies en actions ou en immobilier. Vous pouvez les envisager comme la « partie obligataire » de votre portefeuille PER : un socle destiné à sécuriser une fraction de votre épargne, en particulier à l’approche de la retraite, tout en apportant une petite dose de rendement. Une analogie parlante consiste à les comparer à la coque d’un bateau : ils ne permettent pas de filer à toute vitesse, mais assurent la stabilité de l’ensemble.
Il convient néanmoins de vérifier les conditions d’accès à ces fonds euros dans chaque PER : certains imposent un pourcentage minimal d’investissement en unités de compte pour pouvoir y accéder (par exemple 30 % ou 50 % du versement), d’autres limitent le montant maximal allouable chaque année. Par ailleurs, les frais de gestion sur le fonds euros peuvent varier sensiblement d’un contrat à l’autre, ce qui impacte directement le rendement net perçu. Avant de privilégier un PER pour son fonds euros réputé performant, prenez donc le temps de comparer les frais et les conditions d’éligibilité.
Les SCPI dans le PER : corum origin et primonial PRIMOVIE
Pour diversifier leur PER, de nombreux épargnants se tournent vers l’immobilier « papier » via les SCPI (Sociétés civiles de placement immobilier). Certaines SCPI de référence comme Corum Origin ou Primonial PRIMOVIE sont accessibles en unités de compte dans plusieurs PER assurantiels. Ces véhicules investissent dans des portefeuilles d’immeubles (bureaux, commerces, santé, éducation, logistique, etc.) et redistribuent des revenus sous forme de loyers, avec des rendements historiquement supérieurs à ceux des fonds euros, en contrepartie d’un risque de perte en capital et d’une moindre liquidité.
Intégrer des SCPI dans votre PER permet de bénéficier de la mutualisation du risque immobilier sur un grand nombre d’actifs, tout en profitant d’une gestion déléguée. Au sein d’un PER, les revenus générés par les SCPI ne sont pas directement imposés chaque année : ils sont capitalisés dans le contrat, ce qui permet de différer la fiscalité à la sortie (capital ou rente). Pour vous, c’est un avantage notable par rapport à la détention en direct de parts de SCPI, où les loyers sont immédiatement imposables dans la catégorie des revenus fonciers. À long terme, cet « effet boule de neige » peut faire une vraie différence.
Attention toutefois : les SCPI restent des supports à horizon long terme (8 à 12 ans minimum recommandés) et leur valeur peut varier à la hausse comme à la baisse, en fonction du marché immobilier. Elles supportent également des frais de souscription et de gestion non négligeables. Dans un PER, il est donc prudent de ne pas allouer la totalité de votre épargne retraite à ce type de support, mais de les intégrer comme un pilier parmi d’autres, en complément d’ETF actions, d’obligations ou de fonds euros. Là encore, la diversification demeure la clé.
Les ETF et trackers éligibles au PER : amundi MSCI world et lyxor CAC 40
Les ETF (Exchange Traded Funds), ou trackers, se sont progressivement imposés dans l’univers des PER comme des supports d’investissement efficaces et peu coûteux. Répliquant la performance d’indices boursiers de référence, ils permettent de s’exposer à des milliers de titres en une seule ligne, avec des frais de gestion souvent inférieurs à 0,30 % par an. Parmi les ETF fréquemment proposés dans les PER figure, par exemple, l’Amundi MSCI World, qui réplique un indice mondial large, ou le Lyxor CAC 40, centré sur les grandes capitalisations françaises.
Investir dans des ETF au sein de votre PER revient à construire la « partie actions » de votre portefeuille, avec une grande transparence sur la composition et une diversification géographique et sectorielle immédiate. Sur un horizon de 15 à 25 ans, l’exposition aux marchés actions via des ETF a historiquement généré des performances nettement supérieures à celles des placements de taux, même si les fluctuations à court terme peuvent être marquées. C’est précisément pour cette raison que la gestion à horizon retraite est pertinente : jeune, votre PER pourra être majoritairement investi en ETF ; à l’approche de la retraite, la part actions sera progressivement réduite au profit de supports plus sécurisés.
Un avantage souvent méconnu des ETF dans le PER est leur efficacité fiscale. Tant que vous ne procédez pas à des retraits, les arbitrages entre ETF ou entre ETF et autres supports ne déclenchent pas d’imposition. Vous pouvez ainsi rééquilibrer votre allocation au fil du temps sans frottement fiscal, contrairement à une détention en compte-titres ordinaire. En revanche, n’oubliez pas que les ETF demeurent des supports à risque de perte en capital, corrélés aux marchés financiers : mieux vaut accepter l’idée de volatilité et regarder votre PER avec des lunettes de long terme.
Les fonds ISR labellisés greenfin et investissement responsable obligatoire
La montée en puissance de l’investissement socialement responsable (ISR) n’épargne pas le Plan d’Épargne Retraite. La réglementation impose désormais que les PER proposent au moins un support labellisé ISR, Greenfin ou solidaire, afin de permettre à chaque épargnant d’orienter tout ou partie de son épargne vers des projets ayant un impact environnemental ou social positif. Le label Greenfin, en particulier, garantit que le fonds finance exclusivement des activités favorables à la transition énergétique et écologique, en excluant les énergies fossiles et le nucléaire.
Intégrer un fonds ISR labellisé dans votre PER, c’est faire le choix de concilier préparation de la retraite et contribution à des enjeux de long terme comme la lutte contre le changement climatique ou le financement des infrastructures durables. D’un point de vue financier, ces fonds n’ont pas à rougir par rapport aux fonds traditionnels : de nombreuses études montrent que la prise en compte des critères ESG peut contribuer à une meilleure maîtrise des risques extra-financiers et, in fine, à une performance ajustée du risque au moins équivalente. À l’image d’un jardin bien entretenu, l’investissement responsable vise à favoriser les entreprises les mieux gérées à long terme, plutôt que celles qui recherchent un profit immédiat au détriment de leur environnement.
Pour vous, l’enjeu est de vérifier quels labels portent réellement les supports proposés dans votre PER et de ne pas vous contenter d’un discours marketing. La présence d’un ou plusieurs fonds ISR ou Greenfin est désormais la norme, mais la qualité des approches ESG peut varier considérablement d’un gestionnaire à l’autre. N’hésitez pas à consulter les rapports d’impact ou les indicateurs de durabilité mis en avant par les sociétés de gestion : ils constituent un complément utile à l’analyse purement financière.
Les modalités de sortie anticipée du PER
Si le Plan d’Épargne Retraite est conçu comme un produit de long terme, la loi a prévu plusieurs cas de déblocage anticipé pour permettre aux épargnants de faire face à des situations exceptionnelles. Ces cas de sortie avant la retraite sont strictement encadrés et limités, afin de préserver la vocation principale du PER : constituer un capital dédié à la retraite. Ils couvrent cependant une palette assez large de situations de vie : acquisition de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint ou du partenaire de PACS, surendettement, expiration des droits à l’assurance chômage ou encore cessation d’activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire.
Comprendre ces modalités de sortie anticipée est essentiel, car elles peuvent constituer une soupape de sécurité psychologique : savoir que votre épargne n’est pas totalement « enfermée » jusqu’à 62 ou 64 ans rend l’effort d’épargne plus acceptable. Dans le même temps, il ne faut pas perdre de vue que chaque déblocage anticipé réduit d’autant les ressources disponibles au moment de la retraite. Comme toujours, l’arbitrage se fait entre besoin de liquidité immédiate et préparation de l’avenir.
L’acquisition de la résidence principale et déblocage exceptionnel
L’un des cas les plus courants de sortie anticipée du PER concerne l’acquisition de la résidence principale. Vous pouvez, à tout moment avant la liquidation de votre retraite, demander le déblocage de tout ou partie de votre épargne pour financer l’achat de votre première résidence principale ou le rachat de la part de votre conjoint lors d’une séparation, par exemple. Ce cas de figure s’applique aux sommes issues des versements volontaires et de l’épargne salariale (compartiments 1 et 2). En revanche, les droits provenant de cotisations obligatoires (compartiment 3) restent bloqués et ne peuvent pas être utilisés pour cet achat.
Sur le plan fiscal, le traitement du capital débloqué dépend de la nature des versements : si vous avez déduit vos versements à l’entrée, la part du capital correspondant à ces versements est imposée à l’impôt sur le revenu, sans abattement de 10 %, tandis que les gains sont taxés au PFU (prélèvement forfaitaire unique) de 30 %. Si, au contraire, vous n’avez pas déduit vos versements, la part correspondant au capital est exonérée d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, seuls les gains restant soumis au PFU. Cet arbitrage illustre une nouvelle fois la logique du PER : avantage fiscal à l’entrée ou à la sortie, mais rarement aux deux.
Du point de vue pratique, la demande de déblocage doit être adressée à l’organisme gestionnaire, accompagnée des justificatifs de l’opération immobilière (promesse de vente, attestation de prêt, etc.). Les fonds sont ensuite versés, en général, en une seule fois, directement sur votre compte bancaire. À l’image d’une boîte à outils que l’on ouvre pour un gros chantier, mobiliser son PER pour acheter sa résidence principale peut être une bonne idée si cela vous évite un endettement excessif ou vous permet de constituer plus rapidement votre patrimoine immobilier. Mais il convient d’en mesurer l’impact sur votre futur complément de retraite.
Les situations de surendettement et commission banque de france
Autre cas de déblocage anticipé prévu par la loi : la situation de surendettement. Si vous êtes engagé dans une procédure de surendettement auprès de la Banque de France et que la commission de surendettement l’estime nécessaire, elle peut demander le déblocage partiel ou total de votre PER pour apurer une partie de vos dettes. Dans ce cas, l’initiative ne vous appartient pas directement : c’est la commission qui saisit l’organisme gestionnaire, au vu de votre situation financière globale et du plan de redressement envisagé.
La logique ici est claire : le PER ne doit pas être un « coffre-fort intouchable » alors même que vous êtes confronté à une détresse financière avérée. Sur le plan fiscal, le capital débloqué pour cause de surendettement bénéficie d’un régime particulièrement favorable : la part correspondant aux versements est exonérée d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, tandis que la part correspondant aux gains n’est soumise qu’aux prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. Autrement dit, l’État renonce en grande partie à son dû fiscal pour faciliter votre désendettement.
Si vous êtes concerné par une telle situation, il est important de vous rapprocher rapidement des services de la Banque de France et d’accepter un accompagnement budgétaire. Le recours à l’épargne retraite doit rester une solution de dernier ressort, une sorte de « parachute » destiné à éviter le crash financier, mais il ne saurait remplacer un travail de fond sur vos habitudes de consommation et de gestion de budget. Gardez également à l’esprit qu’un déblocage massif de votre PER pour régler des dettes aujourd’hui réduira mécaniquement votre marge de manœuvre à la retraite.
L’invalidité de 2ème et 3ème catégorie selon la MDPH
Les cas d’invalidité font également partie des motifs de sortie anticipée du PER. Sont concernés les titulaires du plan eux-mêmes, mais aussi, selon les textes, leurs enfants, leur conjoint ou partenaire de PACS. L’invalidité doit être reconnue de 2e ou 3e catégorie au sens de la Sécurité sociale, ce qui correspond à une incapacité substantielle et durable de travailler. En pratique, l’appréciation de cette invalidité passe souvent par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) et les organismes d’assurance maladie, qui instruisent les dossiers et délivrent les décisions officielles.
En cas de sortie anticipée pour invalidité, le capital débloqué bénéficie, là encore, d’un régime fiscal allégé. La part correspondant aux versements est exonérée d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, tandis que les gains sont uniquement soumis aux prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. Cette fiscalité de faveur vise à compenser, au moins en partie, la perte de revenus et les surcoûts liés au handicap (aménagement du domicile, aides techniques, soins, etc.). Sur le plan humain, pouvoir compter sur son PER dans une telle situation revient à disposer d’un matelas de sécurité précieux.
La procédure de déblocage nécessite de transmettre à l’organisme gestionnaire les justificatifs d’invalidité (notification de la CPAM, décision MDPH, etc.) ainsi qu’une demande écrite précisant le montant souhaité. Comme pour les autres cas de déblocage anticipé, les sommes sont versées en capital, en une fois, sur votre compte bancaire. On peut voir le PER, dans ces circonstances, comme un « airbag financier » : vous espérez ne jamais en avoir besoin, mais vous êtes rassuré de savoir qu’il existe en cas de choc brutal de la vie.
Comparatif des principaux PER du marché : frais et performances
Face à l’abondance de l’offre, choisir le « bon » PER peut rapidement devenir un casse-tête. Les écarts de frais, la qualité des supports d’investissement, la souplesse des options de sortie et la qualité du service client varient sensiblement d’un acteur à l’autre. Pour vous aider à y voir plus clair, il est utile de distinguer trois grandes familles de PER : les PER bancaires, les PER assureurs traditionnels et les PER en ligne distribués par des fintechs ou des courtiers spécialisés. Chacune de ces catégories présente des atouts et des limites, notamment en matière de frais sur versements, de frais de gestion et de gamme de supports.
Un bon réflexe consiste à ne pas se focaliser uniquement sur le discours commercial (cadeaux de bienvenue, promesses de rendement), mais à examiner attentivement la grille tarifaire et la liste des supports disponibles. Quelques dixièmes de pourcent de frais de gestion en moins, année après année, peuvent se traduire par plusieurs milliers d’euros de capital supplémentaire à la retraite. De même, la présence de fonds performants (ETF mondiaux, meilleures SCPI, bons fonds euros) fait souvent la différence sur la durée.
Les PER bancaires : crédit agricole retraite PER et BNP paribas cardif retraite plus
Les grandes banques de détail ont développé leurs propres PER, souvent commercialisés sous forme de contrats collectifs d’assurance-vie. Parmi les offres emblématiques, on peut citer Crédit Agricole Retraite PER ou BNP Paribas Cardif Retraite Plus. Leur principal avantage réside dans la proximité de la relation bancaire : si vous êtes déjà client, la souscription est simplifiée, les versements peuvent être programmés depuis vos comptes courants et vous disposez d’un interlocuteur en agence. Pour certains épargnants peu à l’aise avec les démarches en ligne, cette continuité relationnelle est rassurante.
En revanche, ces PER bancaires présentent fréquemment des frais de versement (de 2 % à 4 % selon les réseaux) ainsi que des frais de gestion sur les unités de compte plus élevés que ceux observés chez les courtiers en ligne. La gamme de supports peut aussi être plus restreinte, avec une surreprésentation des fonds maison et une offre limitée en ETF ou en SCPI indépendantes. Enfin, la transparence sur les performances nettes et les frais n’est pas toujours optimale, les informations étant parfois dispersées entre plusieurs documents commerciaux.
Si vous privilégiez la simplicité et la centralisation de vos finances au sein d’une même banque, un PER bancaire peut néanmoins constituer une solution convenable, à condition de négocier les frais de versement et de vérifier la qualité du fonds euros et des principaux supports actions proposés. Pensez à demander une simulation de rendement net de frais sur 20 ans, en comparant avec une offre en ligne, pour mesurer l’impact de ces frais sur la durée.
Les PER assureurs : axa epargne retraite et generali retraite essentielle
Les compagnies d’assurance historiques, comme AXA avec son PER Axa Épargne Retraite ou Generali avec Generali Retraite Essentielle, proposent également des PER dotés de fonds euros robustes et d’une large palette de supports. Leur savoir-faire en matière de gestion de long terme, notamment sur les obligations et l’immobilier, constitue un atout pour la stabilité des rendements. De plus, ces assureurs nouent souvent des partenariats avec plusieurs réseaux de distribution (agents généraux, courtiers, CGP), ce qui permet d’adapter le conseil au profil de chaque client.
Sur le terrain des frais, les PER assureurs se situent généralement dans une zone médiane : moins chers que certains PER bancaires, mais plus coûteux que les offres 100 % en ligne les plus agressives. Les frais d’entrée peuvent parfois être négociés, surtout si vous apportez un encours significatif ou transférez un ancien contrat. Les frais de gestion sur les unités de compte tournent souvent autour de 0,80 % à 1 % par an, auxquels s’ajoutent les frais internes des fonds sélectionnés. La gamme de supports inclut, dans la plupart des cas, des fonds ISR, des SCPI et des ETF, mais l’accès à ces derniers peut être plus limité que chez certains courtiers indépendants.
Un point fort des PER assureurs réside dans la richesse des options de rente : rente simple, réversible, avec annuités garanties, majorée ou minorée selon l’âge, etc. Si vous envisagez sérieusement une sortie majoritairement en rente viagère, le savoir-faire actuariel d’un grand assureur peut faire la différence, tant sur le niveau de la rente servie que sur la solidité financière de l’opérateur à très long terme.
Les PER en ligne : yomoni PER, nalo patrimoine et linxea spirit PER
Les PER en ligne proposés par des acteurs comme Yomoni PER, Nalo Patrimoine ou Linxea Spirit PER se distinguent par des frais généralement très compétitifs et une gestion souvent orientée vers les ETF et les portefeuilles diversifiés à horizon retraite. Leur modèle repose sur une grande transparence des coûts, une souscription 100 % digitale et une interface de suivi intuitive, accessible depuis un ordinateur ou un smartphone. Pour les épargnants à l’aise avec les outils numériques, cette expérience utilisateur fluide est un vrai plus.
Côté frais, ces PER affichent fréquemment 0 % de frais d’entrée et des frais de gestion sur unités de compte compris entre 0,50 % et 0,70 % par an, auxquels s’ajoutent les frais des ETF (souvent inférieurs à 0,30 %). Certains, comme Yomoni ou Nalo, proposent une gestion pilotée clé en main, avec un profil de risque ajusté à votre âge et à votre horizon de retraite, tandis que des courtiers comme Linxea offrent à la fois gestion libre et gestion pilotée, avec l’accès à des fonds euros performants (Suravenir, Spirica, Apicil selon les contrats) et un large éventail de SCPI et d’unités de compte.
La contrepartie de ces avantages est l’absence de relation physique en agence : tout se fait à distance, par mail, téléphone ou chat. Si vous appréciez le contact en face-à-face avec un conseiller, cela peut être perçu comme un inconvénient. En revanche, si vous privilégiez l’efficience des frais et la richesse de l’offre financière, les PER en ligne sont aujourd’hui parmi les plus compétitifs du marché pour construire une épargne retraite performante à long terme.
La transmission du PER et succession : clause bénéficiaire et droits
Dernier volet, souvent sous-estimé, du Plan d’Épargne Retraite : sa dimension patrimoniale en matière de transmission. Selon qu’il s’agit d’un PER assurance ou d’un PER compte-titres, les règles applicables au décès du titulaire diffèrent sensiblement. Dans le cas d’un PER « bancaire » ouvert sous forme de compte-titres, les sommes épargnées intègrent l’actif successoral classique et sont soumises aux droits de succession en fonction du lien de parenté entre le défunt et les héritiers. À l’inverse, un PER assurantiel bénéficie d’un régime proche de celui de l’assurance-vie, avec une clause bénéficiaire et des abattements spécifiques particulièrement intéressants avant 70 ans.
La possibilité de désigner librement un ou plusieurs bénéficiaires (conjoint, enfants, partenaire de PACS, tiers de confiance) permet d’organiser finement la répartition du capital en cas de décès, qu’il intervienne avant ou après la liquidation du plan. Si le décès survient avant 70 ans, chaque bénéficiaire d’un PER assurance bénéficie d’un abattement de 152 500 € (tous contrats assurance-vie et PER confondus), au-delà duquel s’appliquent des prélèvements forfaitaires de 20 % puis 31,25 %. Après 70 ans, un abattement global de 30 500 € est partagé entre les bénéficiaires, le surplus revenant dans la succession et étant taxé selon le barème des droits de mutation à titre gratuit.
Pour optimiser la dimension successorale de votre PER, il est donc crucial de : rédiger avec soin la clause bénéficiaire, en prévoyant des bénéficiaires de second rang en cas de prédécès ; arbitrer entre PER assurance et PER compte-titres en fonction de vos objectifs de transmission ; et tenir compte de votre âge au moment des versements et au moment du décès présumé. Utilisé intelligemment, le PER ne se contente pas de préparer votre propre retraite : il peut aussi devenir un outil de transmission complémentaire, venant en renfort de vos contrats d’assurance-vie et de votre patrimoine immobilier. En ce sens, il s’inscrit pleinement dans une stratégie globale de gestion de patrimoine à long terme.