
La transition vers la retraite représente un tournant majeur dans la gestion patrimoniale, marqué par une transformation profonde de la structure des revenus et de leur fiscalité. Cette étape cruciale nécessite une anticipation rigoureuse pour éviter les écueils fiscaux et optimiser la transmission du patrimoine. L’évolution du régime fiscal des revenus du patrimoine après 65 ans soulève des questions essentielles sur l’organisation optimale des actifs et la mise en place de stratégies adaptées aux nouveaux enjeux fiscaux.
La complexité croissante du système fiscal français exige une compréhension approfondie des mécanismes d’imposition applicables aux différentes sources de revenus patrimoniaux. Cette anticipation devient d’autant plus cruciale que les réformes successives ont modifié les équilibres traditionnels entre revenus d’activité et revenus du patrimoine, créant de nouveaux défis pour les futurs retraités.
Évolution du régime fiscal des revenus du patrimoine après 65 ans
La fiscalité patrimoniale connaît des mutations significatives avec l’âge, particulièrement après 65 ans. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les revenus d’activité diminuent drastiquement, laissant place à une dépendance accrue aux revenus du patrimoine. La compréhension de ces transformations fiscales constitue un prérequis indispensable à toute stratégie patrimoniale efficace.
Le passage à la retraite modifie fondamentalement l’équilibre entre les différentes catégories de revenus. Les pensions de retraite, soumises au barème progressif de l’impôt sur le revenu après application de l’abattement de 10 %, remplacent les salaires. Parallèlement, les revenus du patrimoine prennent une importance croissante dans l’équation fiscale globale du foyer.
Application du prélèvement forfaitaire unique (PFU) aux dividendes et plus-values mobilières
Le prélèvement forfaitaire unique, fixé à 30 % depuis 2018, s’applique aux dividendes et plus-values mobilières des retraités selon les mêmes modalités que pour les actifs. Cependant, l’option pour le barème progressif peut s’avérer avantageuse pour les foyers dont la tranche marginale d’imposition est inférieure à 30 %. Cette option permet notamment aux retraités disposant de revenus modérés de bénéficier d’une fiscalité réduite sur leurs revenus mobiliers.
L’analyse comparative entre PFU et barème progressif nécessite une évaluation précise de la tranche marginale d’imposition. Pour un couple de retraités percevant des pensions modérées, l’option pour le barème peut générer une économie fiscale substantielle, particulièrement si leurs revenus les maintiennent dans la tranche à 11 % ou 30 %.
Taxation spécifique des revenus fonciers et mécanisme du déficit foncier
Les revenus fonciers conservent leur régime fiscal spécifique après 65 ans, avec une imposition au barème progressif après déduction des charges. Le mécanisme du déficit foncier prend une dimension particulière à la retraite, où la capacité d’imputation sur le revenu global peut être limitée par la baisse des autres revenus. Les déficits fonciers supérieurs à 10 700 euros ne peuvent s’imputer que sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
La planification des travaux de rénovation ou d’amélioration doit tenir compte de cette contrainte temporelle. Les retraités disposent généralement d’un horizon plus limité pour absorber fiscalement les déficits importants,
ce qui impose d’anticiper ces travaux avant le départ à la retraite ou dans les toutes premières années qui suivent. À défaut, un déficit foncier trop important risque de ne jamais être entièrement absorbé et de perdre une partie de son intérêt fiscal. Une approche pertinente consiste à lisser les opérations de rénovation dans le temps, en calibrant le montant des travaux pour rester au plus proche du plafond imputable sur le revenu global lorsque celui-ci est encore suffisamment élevé.
Régime fiscal des assurances-vie après 70 ans et abattement annuel
Le contrat d’assurance-vie occupe une place centrale dans la fiscalité du patrimoine à l’âge de la retraite, mais son régime évolue sensiblement après 70 ans. Sur le plan de l’impôt sur le revenu, la fiscalité des rachats reste identique, fondée sur l’imposition des seuls gains, avec choix entre prélèvement forfaitaire unique et barème progressif après huit ans de détention. En revanche, c’est en matière de transmission que la frontière des 70 ans devient déterminante, avec un basculement du régime d’abattements applicables aux capitaux décès.
Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d’un abattement spécifique de 152 500 euros, tous contrats confondus, les sommes dépassant ce seuil étant taxées à 20 %, puis 31,25 % au-delà de 700 000 euros. À l’inverse, les primes versées après 70 ans ne bénéficient que d’un abattement global de 30 500 euros, partagé entre l’ensemble des bénéficiaires, tandis que seuls les versements (hors intérêts) entrent dans l’assiette des droits de succession. Cette différence de traitement incite fortement à utiliser la phase pré-70 ans pour effectuer les versements les plus importants et réserver, après cet âge, l’assurance-vie à une gestion de trésorerie et de complément de revenus.
Sur le plan pratique, il est souvent judicieux de dissocier les contrats selon la date des versements afin de segmenter clairement les régimes fiscaux. Ouvrir un nouveau contrat après 70 ans permet ainsi d’identifier sans ambiguïté les primes soumises à l’abattement de 30 500 euros et de préserver la lisibilité de la transmission. Pour un retraité souhaitant organiser une transmission optimisée, cette distinction entre assurance-vie “pré-70 ans” et “post-70 ans” constitue un levier puissant de planification successorale.
Impact de la tranche marginale d’imposition sur les revenus du patrimoine
La tranche marginale d’imposition (TMI) demeure la boussole principale pour arbitrer la fiscalité des revenus du patrimoine à la retraite. Même si les pensions entraînent souvent une baisse de revenu imposable par rapport à la vie active, nombre de retraités restent situés dans les tranches à 11 % ou 30 %, parfois 41 % pour les patrimoines les plus élevés. Or, la combinaison de ces tranches avec les prélèvements sociaux (17,2 %) peut rendre certains revenus patrimoniaux plus lourdement taxés que prévu.
L’un des enjeux consiste à piloter le rythme des retraits issus des placements (assurance-vie, PEA, comptes-titres, PER) pour éviter de franchir un seuil de TMI défavorable ou de faire basculer le revenu fiscal de référence au-delà d’un palier de CSG sur les pensions. Un retrait exceptionnel mal calibré peut, par exemple, faire passer un foyer du taux médian de CSG au taux plein, entraînant une augmentation durable des prélèvements sur les pensions. De la même manière, l’option entre PFU et barème progressif sur les revenus mobiliers ne se conçoit qu’à la lumière de cette TMI globale.
Adopter une vision pluriannuelle de ses prélèvements permet de lisser la fiscalité dans le temps plutôt que de la subir par à-coups. On peut ainsi étaler la réalisation de plus-values, fractionner les rachats d’assurance-vie ou décaler certains revenus pour rester dans une tranche marginale plus modérée. En pratique, cet arbitrage se rapproche d’un “thermostat fiscal” : plus la TMI monte, plus il devient pertinent de privilégier les enveloppes à fiscalité atténuée ou différée et de réduire les revenus immédiatement imposables.
Stratégies d’optimisation fiscale patrimoniale pré-retraite
La période qui précède la retraite, généralement entre 55 et 65 ans, est propice à la mise en place de stratégies d’optimisation fiscale patrimoniale. À cet âge, le patrimoine est souvent constitué, les revenus d’activité sont encore élevés et la visibilité sur la future pension s’améliore. C’est le moment où les décisions prises auront un impact décisif sur la fiscalité future : répartition entre usufruit et nue-propriété, arbitrages immobiliers, structuration des contrats d’assurance-vie, ou encore création de sociétés civiles pour loger certains actifs.
L’objectif n’est pas seulement de réduire l’impôt à court terme, mais de dessiner une trajectoire fiscale cohérente pour les vingt années à venir, en intégrant la transmission aux enfants ou petits-enfants. En pratique, il s’agit d’anticiper le basculement des revenus d’activité vers les revenus de patrimoine, puis de droits de succession. Une stratégie pré-retraite réussie permet d’éviter les à-coups fiscaux, de limiter les effets de seuil et d’exploiter au mieux les abattements et régimes de faveur prévus par le législateur.
Démembrement de propriété et donation avec réserve d’usufruit
Le démembrement de propriété constitue l’un des outils les plus efficaces pour combiner optimisation fiscale et protection du train de vie à la retraite. En cédant la nue-propriété d’un bien immobilier ou de titres de société tout en conservant l’usufruit, le futur retraité transmet une partie significative de son patrimoine tout en sauvegardant le droit d’usage et les revenus. Fiscalement, la donation porte sur la seule valeur de la nue-propriété, calculée en fonction de l’âge de l’usufruitier selon le barème de l’article 669 du CGI, ce qui réduit la base taxable.
Par exemple, entre 61 et 70 ans, la nue-propriété est évaluée à 60 % de la valeur du bien, contre 70 % entre 71 et 80 ans. Transmettre la nue-propriété d’un bien de 400 000 euros à 65 ans revient donc à taxer une base de 240 000 euros, alors qu’une opération identique à 75 ans serait évaluée à 280 000 euros. Plus la donation est réalisée tôt, plus la décote liée à l’usufruit est importante, et plus l’économie potentielle de droits est forte. À terme, le décès de l’usufruitier permet aux nus-propriétaires de récupérer la pleine propriété en franchise de droits supplémentaires.
La donation avec réserve d’usufruit permet aussi de gérer finement la protection du conjoint survivant. Il est possible, par exemple, de donner la nue-propriété d’un bien locatif aux enfants tout en prévoyant une réversion d’usufruit au profit du conjoint en cas de décès, garantissant ainsi ses revenus futurs. Cette approche illustre bien la logique du démembrement : dissocier la propriété économique (la nue-propriété) de l’usage effectif du bien (l’usufruit), afin d’optimiser la fiscalité tout en préservant les équilibres familiaux.
Constitution d’un patrimoine en nue-propriété via les SCPI démembrées
Pour les épargnants proches de la retraite, les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) démembrées offrent une solution originale de construction de patrimoine en nue-propriété. Le principe consiste à acquérir uniquement la nue-propriété de parts de SCPI pour une durée définie, généralement entre 5 et 20 ans, l’usufruit étant acquis par un autre investisseur ou une personne morale. Pendant toute la durée du démembrement, le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu, mais achète les parts avec une décote significative par rapport à leur valeur en pleine propriété.
Cette décote, souvent comprise entre 20 % et 40 % selon la durée du démembrement, constitue une forme de rendement anticipé. À l’issue de la période, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété des parts, sans fiscalité particulière, et commence alors à percevoir les revenus de la SCPI. Pour un futur retraité de 60 ans, acquérir aujourd’hui de la nue-propriété sur 10 ans permet d’éviter toute imposition immédiate sur des revenus fonciers, tout en se constituant un futur complément de revenus à 70 ans, au moment où les besoins de trésorerie peuvent augmenter.
Sur le plan fiscal, l’absence de revenus pendant la phase de démembrement rend ce dispositif particulièrement attractif pour les contribuables déjà fortement imposés. En contrepartie, il s’agit d’un placement illiquide, qui doit être intégré dans une vision globale du patrimoine. La SCPI en nue-propriété s’apparente à une “réserve de revenus différés” : vous renoncez aux loyers aujourd’hui pour les récupérer demain, avec une fiscalité qui sera souvent plus douce à la retraite, une fois vos revenus d’activité disparus.
Optimisation des rachats partiels d’assurance-vie et étalement fiscal
Les rachats partiels d’assurance-vie constituent un levier privilégié pour piloter la fiscalité de ses revenus à l’approche de la retraite puis pendant celle-ci. Chaque rachat comprend une fraction de capital (non imposable) et une fraction de gains (imposables), ce qui permet d’ajuster le montant des revenus fiscaux effectivement déclarés. En pratiquant des retraits programmés, mensuels ou annuels, il est possible de lisser ces revenus dans le temps pour rester dans une tranche marginale d’imposition contenue et profiter chaque année des abattements sur les gains applicables après huit ans de détention.
Pour un couple, l’abattement annuel de 9 200 euros sur les gains (4 600 euros pour une personne seule) permet de sortir une part significative de la performance du contrat sans impôt sur le revenu, seuls restant dus les prélèvements sociaux. Cet abattement n’étant pas reportable, il est généralement contre-productif de différer trop longtemps les retraits si l’on sait que l’assurance-vie servira à compléter les revenus de retraite. Une stratégie pertinente consiste à initier des rachats partiels avant même le départ à la retraite, lorsque la TMI est encore élevée, mais en optimisant précisément le montant taxable pour exploiter au mieux les seuils et abattements.
En pratique, vous pouvez considérer l’assurance-vie comme une “soupape fiscale” permettant d’ajouter ou de retirer des revenus complémentaires en fonction de votre situation. Une année où d’autres revenus exceptionnels sont perçus (prime, plus-value immobilière, rachat de PER), il sera pertinent de réduire les rachats d’assurance-vie. À l’inverse, une année plus calme permet d’augmenter ces retraits sans surcoût fiscal excessif. Cette gestion fine des flux est d’autant plus précieuse que la retraite s’étend désormais souvent sur plusieurs décennies.
Mise en place d’une SCI familiale et régime des plus-values immobilières
La création d’une SCI familiale avant la retraite peut répondre à plusieurs objectifs : mutualiser la détention de biens immobiliers, faciliter la transmission progressive aux enfants, organiser les pouvoirs de gestion, et parfois optimiser la fiscalité. Sur le plan des plus-values immobilières, la SCI soumise à l’impôt sur le revenu reste la forme la plus proche de la détention en direct, avec application des abattements pour durée de détention (exonération d’impôt sur le revenu après 22 ans, de prélèvements sociaux après 30 ans). Les parts de SCI bénéficient en principe des mêmes règles de calcul de la plus-value que l’immobilier détenu en nom propre.
La SCI permet toutefois une agilité accrue pour organiser des donations échelonnées de parts sociales, en profitant des abattements renouvelables tous les 15 ans. Plutôt que de transmettre un immeuble indivis difficilement partageable, on transmet des parts plus aisément divisibles, ce qui limite les conflits et simplifie la répartition. De plus, le démembrement de parts de SCI (nue-propriété aux enfants, usufruit aux parents) permet de cumuler les avantages du démembrement de propriété avec une gestion centralisée des biens locatifs.
En revanche, le recours à une SCI soumise à l’impôt sur les sociétés modifie radicalement le régime des plus-values, celles-ci étant alors calculées sur la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable, sans abattement pour durée de détention. Cette option doit être maniée avec prudence et réservée à des situations spécifiques (forte stratégie de capitalisation, amortissement des biens, réinvestissement dans de nouveaux projets). À l’âge de la retraite, la priorité reste souvent la simplicité de gestion et la prévisibilité fiscale, ce qui plaide davantage pour la SCI à l’IR dans un cadre familial.
Dispositifs de défiscalisation adaptés aux seniors
Contrairement à certaines idées reçues, la défiscalisation ne s’adresse pas uniquement aux contribuables en pleine activité. De nombreux dispositifs restent pertinents pour les seniors, à condition de tenir compte de leur horizon de temps, de leur besoin de liquidité et de leur aversion au risque. L’enjeu n’est plus nécessairement de maximiser la réduction d’impôt au prix d’un fort blocage des fonds, mais d’équilibrer avantage fiscal immédiat, rendement et flexibilité future.
Les réductions d’impôt liées à l’emploi à domicile, à la dépendance ou à l’adaptation du logement au vieillissement constituent souvent des leviers sous-utilisés. Le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, désormais accessible même aux non-imposables, peut alléger significativement le coût du maintien à domicile tout en préservant le capital. De même, certains investissements immobiliers défiscalisants (type “réhabilitation” ou monuments historiques) peuvent convenir à des seniors disposant d’une forte capacité d’épargne et d’un horizon de détention suffisant, mais ils requièrent une analyse rigoureuse des risques locatifs et de liquidité.
Parallèlement, les placements dits “solidaires” ou “à impact” ouvrent la voie à une optimisation fiscale combinée à une démarche patrimoniale plus qualitative. Les seniors peuvent ainsi mobiliser une partie de leur impôt pour soutenir des projets qui font sens (logement social, transition énergétique, économie sociale), tout en veillant à la cohérence globale avec leur niveau de risque acceptable. La clé consiste à éviter les montages trop complexes ou rigides, qui pourraient devenir inadaptés en cas de besoin rapide de liquidités ou de changement de situation familiale.
Transmission patrimoniale et fiscalité des droits de succession
À l’âge de la retraite, la question de la transmission patrimoniale ne peut plus être renvoyée indéfiniment à plus tard. La fiscalité des droits de succession, structurée autour d’abattements renouvelables et de barèmes progressifs, incite à une anticipation méthodique plutôt qu’à un transfert massif au décès. Pour un retraité, chaque décision de donation ou de réorganisation du patrimoine a un double impact : elle modifie la fiscalité présente (IFI, revenus fonciers, impôt sur le revenu) et conditionne le montant futur des droits que devront acquitter les héritiers.
La mise en place d’une stratégie de transmission suppose donc de croiser plusieurs paramètres : valeur et nature des actifs, nombre d’enfants et petits-enfants, besoins financiers propres, âge des donateurs, horizon temporel envisagé. Il s’agit moins de “se démunir” que de transformer un patrimoine potentiellement lourdement taxé en un capital utile aux générations suivantes, transmis de manière progressive et optimisée.
Calcul des droits de mutation à titre gratuit selon le degré de parenté
Les droits de mutation à titre gratuit (DMTG), qui regroupent droits de donation et droits de succession, sont calculés en fonction du lien de parenté entre le donateur (ou défunt) et le bénéficiaire. Plus le lien est proche, plus les abattements sont élevés et les taux modérés. Entre parents et enfants, le barème progressif s’applique après un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, avec des taux allant de 5 % à 45 %. Entre grands-parents et petits-enfants, l’abattement est de 31 865 euros, tandis qu’entre frères et sœurs, il descend à 15 932 euros et les taux montent à 35 %, puis 45 %.
Cette structure incite naturellement à privilégier les transmissions en ligne directe, surtout lorsque l’on dispose de plusieurs décennies pour étaler les donations. Pour des neveux et nièces ou des personnes sans lien de parenté, l’absence ou la faiblesse des abattements et les taux élevés (jusqu’à 55 %, voire 60 %) rendent les transmissions beaucoup plus coûteuses. Dans ces situations, le recours à des outils spécifiques (assurance-vie, libéralités graduelles ou résiduelles, donation-partage transgénérationnelle) permet de contourner en partie la rigidité du barème.
Comprendre les mécanismes de calcul des DMTG revient en quelque sorte à lire la “carte fiscale” de son arbre généalogique. Qui sont les bénéficiaires naturels de votre patrimoine ? Quels abattements peuvent-ils mobiliser ? Combien de fois d’ici 20 ou 30 ans ? Ces questions, posées dès la soixantaine, permettent de bâtir un calendrier de donations cohérent, au lieu de subir une imposition brutale au second décès.
Application de l’abattement de 100 000 euros entre parents et enfants
L’abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans, constitue le pilier central de la transmission en ligne directe. Pour un couple avec deux enfants, cela représente un potentiel de 400 000 euros par cycle (2 parents × 2 enfants × 100 000 euros), transmissibles sans droits si les donations sont correctement espacées. En pratique, un premier cycle peut être actionné entre 55 et 60 ans, un second autour de 70-75 ans, voire un troisième si la transmission est engagée très tôt.
Pour tirer pleinement parti de ce mécanisme, il est nécessaire de dépasser la crainte de “donner trop tôt” et de raisonner en termes de trajectoire patrimoniale. Une donation de 100 000 euros effectuée à 60 ans à chacun des enfants n’est pas seulement un avantage fiscal immédiat ; c’est aussi un capital qui pourra fructifier pendant 20 ou 30 ans entre leurs mains, parfois bien mieux que s’il restait dans un patrimoine déjà abondant et faiblement rémunéré. À l’inverse, une donation tardive, réalisée peu avant le décès, réduit drastiquement les possibilités de renouvellement des abattements.
Il convient toutefois de préserver une marge de sécurité suffisante pour faire face aux aléas de la fin de vie : dépendance, frais de santé, adaptation du logement. C’est pourquoi les donations peuvent être combinées avec une réserve d’usufruit ou des clauses spécifiques (retour conventionnel, charges de soins) afin de concilier transmission anticipée et protection des donateurs. L’abattement de 100 000 euros n’est pleinement efficace que s’il s’inscrit dans une réflexion globale sur votre niveau de vie futur.
Stratégies de démembrement temporaire et pacte dutreil
Au-delà du démembrement viager, le démembrement temporaire de propriété offre des solutions sophistiquées pour optimiser la fiscalité à la retraite. Il consiste à séparer usufruit et nue-propriété pour une durée déterminée (10 ou 15 ans, par exemple), au terme de laquelle la pleine propriété se reconstitue automatiquement chez le nu-propriétaire. Pour un retraité fortement imposé, céder l’usufruit temporaire d’un bien locatif à un enfant ou à une structure (par exemple une société à l’IS) permet de transférer les revenus imposables sans abandonner définitivement la propriété.
Dans le cadre d’une entreprise familiale, le pacte Dutreil s’impose comme un outil majeur de transmission à coût fiscal réduit. Il permet, sous certaines conditions, une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis, à laquelle peut s’ajouter un abattement spécifique en cas de transmission à un descendant. Pour un dirigeant proche de la retraite, anticiper cette transmission en amont de la cession de l’entreprise ou de son propre retrait opérationnel est décisif : mis en place trop tard, le pacte perd une partie de sa portée.
La combinaison pacte Dutreil + démembrement peut aboutir à des schémas très efficaces : donation de la nue-propriété des titres à la génération suivante, conservation de l’usufruit (et donc des dividendes) par le dirigeant retraité, le tout bénéficiant de l’exonération partielle sur la valeur des titres. Ces montages exigent cependant un accompagnement juridique et fiscal sérieux, la frontière entre optimisation et abus de droit étant étroitement surveillée par l’administration.
Optimisation fiscale via les donations-partages transgénérationnelles
La donation-partage transgénérationnelle permet de répartir un même patrimoine entre enfants et petits-enfants, au sein d’un acte unique qui fige les valeurs et sécurise la répartition. Pour un retraité, elle constitue un instrument privilégié pour associer directement les petits-enfants à la transmission, tout en maintenant l’équilibre au sein de la génération intermédiaire. Sur le plan fiscal, cette approche permet de cumuler les abattements en ligne directe (100 000 euros par enfant) et ceux applicables aux petits-enfants (31 865 euros chacun), démultiplant ainsi le potentiel de transmission sans droits.
Concrètement, un grand-parent peut, avec l’accord de ses enfants, sauter une génération pour transmettre directement une partie de ses biens aux petits-enfants, par exemple sous forme de capitaux pour financer leurs études ou leur future résidence principale. Cette technique est particulièrement pertinente lorsque les enfants sont déjà bien dotés ou disposent de revenus confortables, tandis que les jeunes générations ont des besoins de financement plus importants. Elle permet de “rééquilibrer” le patrimoine familial tout en réduisant la base taxable future de la succession.
Au-delà de l’aspect fiscal, la donation-partage transgénérationnelle a une vertu pédagogique : elle invite les différentes générations à dialoguer sur l’usage du patrimoine, les projets de chacun et les responsabilités associées. À l’âge de la retraite, ce type de démarche contribue souvent à pacifier les relations familiales et à donner du sens à une vie d’épargne et de travail, en transformant l’optimisation des droits de succession en véritable projet intergénérationnel.
Gestion de la fiscalité des revenus de remplacement et pensions
Les pensions de retraite et autres revenus de remplacement (rentes viagères, sorties de PER, pensions de réversion) constituent la colonne vertébrale des revenus à l’âge de la retraite. Tous sont soumis à l’impôt sur le revenu, après application de l’abattement de 10 % pour les pensions, et supportent des prélèvements sociaux dont les taux varient en fonction du revenu fiscal de référence. La maîtrise de leur fiscalité ne consiste pas à les rendre non imposables, mais à les articuler intelligemment avec les revenus du patrimoine pour limiter les effets de seuil.
La liquidation des droits à la retraite, le choix d’une sortie en capital ou en rente sur un PER, l’acceptation ou non d’une pension de réversion : chaque décision a des conséquences fiscales durables. Par exemple, opter pour une sortie en capital importante la même année que le départ à la retraite peut faire grimper le revenu imposable dans une tranche élevée, alors même que les années suivantes seront marquées par une baisse des ressources. Étaler ces sorties sur plusieurs années ou articuler capital et rente permet d’adoucir ces à-coups.
Une réflexion globale doit également intégrer l’impact de la fiscalité sociale : dépasser certains seuils de revenu fiscal de référence peut entraîner le passage d’un taux réduit à un taux plein de CSG, ou la perte d’exonérations sur la taxe d’habitation résiduelle et certaines taxes locales. En somme, anticiper la fiscalité du patrimoine à l’âge de la retraite revient à orchestrer l’ensemble de vos revenus – pensions, loyers, dividendes, retraits de contrats d’épargne – comme un chef d’orchestre : c’est la cohérence d’ensemble, plus que chaque note prise isolément, qui détermine la qualité finale de votre “partition fiscale”.