# Le système de répartition : principe de solidarité entre générationsLe système de retraite français repose sur un principe fondamental qui le distingue de nombreux modèles internationaux : la répartition. Ce mécanisme, instauré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, incarne une vision collective de la protection sociale où chaque génération finance les pensions de la précédente. Avec plus de 345 milliards d’euros versés annuellement en pensions, représentant 13,8% du PIB français en 2021, ce dispositif constitue l’un des piliers essentiels du pacte social hexagonal. Pourtant, face au vieillissement démographique accéléré et aux mutations économiques profondes, ce modèle solidaire se trouve aujourd’hui confronté à des défis structurels majeurs. Le ratio entre actifs et retraités ne cesse de se dégrader, passant de 3,6 personnes en âge de travailler pour un retraité en 2009 à seulement 2,6 aujourd’hui. Cette évolution soulève des interrogations cruciales sur la pérennité financière du système et la nécessité d’ajustements paramétriques réguliers pour préserver l’équilibre intergénérationnel.## Fonctionnement du système de répartition par cotisations socialesLe système de répartition français s’articule autour d’un flux financier continu entre les générations actives et les bénéficiaires de pensions. Contrairement à une logique d’épargne individuelle, ce mécanisme repose sur une mutualisation immédiate des ressources collectées. Chaque euro prélevé sur les revenus d’activité alimente directement le versement des retraites en cours, sans constitution de réserves individuelles capitalisées. Cette architecture financière, qualifiée de « pacte intergénérationnel », établit une relation de dépendance réciproque entre les cohortes démographiques successives.
L’efficacité opérationnelle de ce dispositif dépend essentiellement de trois variables interconnectées : le volume de la masse salariale soumise à cotisations, le nombre d’actifs contributeurs et le montant global des pensions à servir. Lorsque ces paramètres s’équilibrent harmonieusement, le système fonctionne en autofinancement complet. En revanche, tout déséquilibre structurel entre recettes et dépenses génère des tensions budgétaires nécessitant des interventions correctrices. Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) estime ainsi qu’un déficit de 5 milliards d’euros devrait être atteint en 2025, après un excédent temporaire de 3,8 milliards en 2023, illustrant la sensibilité du système aux fluctuations conjoncturelles.
### Mécanisme de prélèvement des cotisations sur les revenus d’activitéLe financement du système repose sur des cotisations obligatoires prélevées mensuellement sur l’ensemble des rémunérations professionnelles. Pour un salarié du secteur privé, le taux de cotisation vieillesse de base s’établit à 15,45% sur la fraction de salaire inférieure au plafond de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 euros mensuels en 2025. Cette contribution se répartit entre une part salariale de 6,90% et une part patronale de 8,55%, matérialisant ainsi le caractère partagé du financement entre employés et employeurs.
Au-delà du régime de base géré par la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), s’ajoutent les cotisations de retraite complémentaire Agirc-Arrco, dont le taux varie selon les tranches de rémunération. Sur la première tranche, jusqu’au plafond de la Sécurité sociale, le taux atteint 7,87%, tandis que sur la deuxième tr
onche, comprise entre un et huit plafonds, il s’élève à 21,59%. Ces taux, régulièrement ajustés par les partenaires sociaux, permettent de calibrer le financement des régimes en fonction des besoins projetés.
Pour les travailleurs indépendants, les professions libérales ou les exploitants agricoles, les règles de cotisation diffèrent mais obéissent à la même logique de prélèvement obligatoire sur le revenu d’activité. Quel que soit votre statut, une partie de votre revenu professionnel est ainsi affectée à l’assurance vieillesse, ouvrant des droits futurs à pension. En pratique, ces cotisations figurent sur vos bulletins de salaire ou appels de cotisations, ce qui vous permet de suivre, année après année, votre effort contributif au système de retraite par répartition.
### Redistribution immédiate aux bénéficiaires actuels de pensions
Une caractéristique clé de la retraite par répartition est la redistribution immédiate des cotisations collectées. Les sommes prélevées chaque mois sur les salaires des actifs sont versées quasi simultanément aux retraités sous forme de pensions. Il ne s’agit donc pas d’une épargne mise de côté sur un compte individuel, mais d’un flux continu qui circule d’une génération à l’autre, un peu comme un ruban transporteur qui ne s’interrompt jamais.
Concrètement, les organismes de retraite consolident les recettes de cotisations et les comparent en permanence aux besoins de paiement des pensions. Lorsque l’équation recettes–dépenses est équilibrée, le système peut fonctionner sans apport extérieur. En cas de déficit conjoncturel, des mécanismes d’ajustement (utilisation de réserves, transferts entre régimes, subventions d’équilibre) sont mobilisés. Vous financez donc aujourd’hui les retraites de vos aînés, avec la perspective que les générations suivantes prendront à leur tour le relais pour financer la vôtre.
### Rôle des organismes gestionnaires : CNAV, AGIRC-ARRCO et régimes spéciaux
Le système de retraite par répartition s’appuie sur une architecture institutionnelle complexe, structurée autour de plusieurs familles de régimes. Pour les salariés du secteur privé, la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) gère la retraite de base. Elle centralise les cotisations vieillesse de base, enregistre les salaires soumis à cotisations, valide les trimestres et calcule la pension en fonction de la durée d’assurance et du salaire annuel moyen des 25 meilleures années.
À ce premier étage s’ajoute la retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui couvre la quasi-totalité des salariés du privé. Fonctionnant par points, ce régime collecte les cotisations complémentaires, les convertit en points retraite et verse des pensions proportionnelles au nombre de points acquis. Piloté par les partenaires sociaux dans un cadre paritaire, le régime Agirc-Arrco dispose également de réserves financières destinées à lisser les chocs économiques. À côté de ces grands régimes, subsistent des régimes spéciaux (SNCF, RATP, industries électriques et gazières, fonction publique, etc.), qui appliquent des règles spécifiques mais partagent le même socle : la retraite par répartition, financée année après année par les cotisations des actifs.
### Différence fondamentale avec le système par capitalisation
La distinction entre retraite par répartition et retraite par capitalisation tient autant à la logique économique qu’à la philosophie du système. Dans un dispositif par répartition, les cotisations d’aujourd’hui paient les pensions d’aujourd’hui : il existe une dette implicite entre générations, mais pas de capital individuel accumulé. La promesse de pension repose sur la capacité future de la collectivité à maintenir un niveau suffisant de cotisations, ce qui rend le système très sensible à la démographie et à l’emploi.
À l’inverse, la retraite par capitalisation repose sur l’épargne individuelle (ou collective) investie sur les marchés financiers ou immobiliers. Chaque assuré constitue un capital qui sera transformé plus tard en rente ou en retrait partiel du capital. Dans ce cas, le risque principal n’est plus démographique, mais financier : volatilité des marchés, inflation, taux d’intérêt. On peut comparer la répartition à un accord de solidarité dans une famille nombreuse, alors que la capitalisation ressemble davantage à un portefeuille d’investissement que chacun gère pour soi, avec plus ou moins de succès selon sa situation et la conjoncture.
Évolution démographique et ratio actifs-retraités en france
### Projection du taux de dépendance démographique à horizon 2050
La solidité de la retraite par répartition dépend directement du taux de dépendance démographique, c’est-à-dire du rapport entre la population en âge de travailler et la population âgée de 65 ans et plus. Selon l’Insee et le Conseil d’orientation des retraites (COR), ce ratio poursuit une tendance à la baisse structurelle. En 2009, on comptait environ 3,6 personnes de 20 à 64 ans pour une personne de 65 ans ou plus ; en 2024, ce ratio est tombé à 2,6 et pourrait se rapprocher de 1,8 à l’horizon 2070.
À l’échelle de 2050, les projections convergent vers une France où près d’un habitant sur trois sera âgé de 60 ans et plus. Autrement dit, un nombre croissant de retraités devra être financé par une base de cotisants qui progresse beaucoup moins vite, voire se stabilise. Pour un système de retraite par répartition, cela revient un peu à vouloir remplir une baignoire avec un robinet qui coule moins fort alors même que la bonde s’ouvre davantage : sans ajustement, le niveau de l’eau finit par baisser.
### Impact du baby-boom et du papy-boom sur l’équilibre financier
Le déséquilibre actuel trouve en partie son origine dans l’histoire démographique française. Les générations nées entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1960, dites du baby-boom, ont été particulièrement nombreuses. Pendant des décennies, leur arrivée massive sur le marché du travail a renforcé la base de cotisants, contribuant à la prospérité du système de répartition. Mais depuis le milieu des années 2000, ces mêmes générations arrivent progressivement à l’âge de la retraite, déclenchant un phénomène inverse : le papy-boom.
Ce passage d’un excédent de cotisants à un afflux de retraités pèse mécaniquement sur les comptes. Le nombre de pensions à verser augmente plus rapidement que la masse de salaires cotisés, surtout si la croissance économique et l’emploi restent modestes. Le COR estime ainsi qu’en 2070, la France pourrait compter environ 21,6 millions de retraités, contre près de 17 millions en 2023, alors que la population active se stabiliserait autour de 30 millions. Cet effet de ciseaux rend indispensable une adaptation régulière des paramètres du système de retraite.
### Allongement de l’espérance de vie et durée de versement des pensions
Au-delà de la structure par âge, l’allongement de l’espérance de vie constitue un autre facteur déterminant. En 1945, au moment de la création de la Sécurité sociale, la durée moyenne de perception de la retraite était estimée à environ trois ans. Aujourd’hui, un homme qui part à la retraite à 64 ans peut espérer vivre encore près de 20 ans en moyenne, et une femme plus de 23 ans. Autrement dit, la durée de versement des pensions a été multipliée par six ou sept en quelques décennies.
Pour un système par répartition, cette progression est à la fois une victoire sociale et un défi financier. Plus nous vivons longtemps, plus la retraite devient un temps de vie à part entière, qu’il faut financer sur la base d’une carrière professionnelle qui, elle, ne s’allonge que modérément. L’augmentation progressive de l’âge légal de départ et de la durée de cotisation vise précisément à rééquilibrer ce rapport entre temps travaillé et temps passé à la retraite. Mais ces ajustements paramétriques sont souvent sources de tensions sociales, car ils modifient les trajectoires de fin de carrière de millions d’actifs.
### Conséquences de la baisse du taux de natalité sur les cotisants futurs
Parallèlement, la France connaît depuis le milieu des années 2010 une baisse du taux de natalité. Le nombre moyen d’enfants par femme, longtemps proche de 2, est passé en dessous de 1,8, puis de 1,7 récemment. À court terme, cet infléchissement n’a qu’un impact limité sur les comptes de la retraite, car les enfants ne cotisent pas. Mais à horizon 20 ou 30 ans, cela signifie moins de jeunes entrants sur le marché du travail et donc, potentiellement, moins de cotisants pour financer les pensions.
Ce phénomène interroge directement la soutenabilité du modèle de répartition. Si la prochaine génération est moins nombreuse et que la population âgée continue de croître, il faudra soit augmenter l’effort contributif de chaque actif, soit accepter une baisse relative du niveau des pensions, soit reculer à nouveau l’âge effectif de départ. En d’autres termes, la démographie agit comme une toile de fond sur laquelle se dessinent les marges de manœuvre des réformes futures.
Pacte intergénérationnel et solidarité contributive
### Principe de la dette implicite entre générations successives
Le fonctionnement de la retraite par répartition peut être interprété comme un pacte intergénérationnel fondé sur une dette implicite. Les actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités actuels, en échange de la promesse que, demain, leurs propres retraites seront financées par la génération suivante. Il ne s’agit pas d’un contrat écrit entre individus, mais d’un engagement collectif inscrit dans la loi et dans le modèle social français.
Cette dette n’apparaît pas dans les comptes publics classiques, mais les économistes peuvent l’estimer en calculant la valeur actualisée des promesses de pensions par rapport aux cotisations attendues. Tant que la confiance dans le système est préservée – c’est-à-dire tant que chacun pense que le pacte sera respecté à long terme – la mécanique fonctionne. En revanche, lorsqu’une partie des actifs doute de percevoir une retraite suffisante, la tentation de se tourner vers des solutions individuelles d’épargne retraite se renforce, ce qui peut fragiliser encore davantage la base contributive du système par répartition.
### Mutualisation des risques démographiques et économiques
Un des atouts majeurs du système de répartition réside dans la mutualisation des risques. Plutôt que de laisser chaque individu affronter seul les aléas de sa vie (chômage, maladie, invalidité, accidents de carrière), la collectivité répartit ces risques entre l’ensemble des cotisants. Par exemple, les périodes de chômage indemnisé, de congé maternité ou de maladie longue durée donnent droit à des trimestres validés ou à des points de retraite, même si aucune cotisation n’est effectivement versée par l’assuré pendant ces périodes.
Cette logique de solidarité joue aussi face aux chocs économiques. En cas de récession, les revenus financiers d’un système par capitalisation pourraient s’effondrer, mettant en péril le niveau de vie de certains retraités. Dans un système par répartition, le risque est réparti entre générations : les pensions peuvent être revalorisées plus modestement, les cotisations légèrement augmentées ou l’État peut intervenir pour absorber une partie du choc. Pour vous, cela se traduit par une plus grande stabilité de revenu à la retraite, même si le niveau exact de pension dépendra toujours des choix politiques et des équilibres macroéconomiques.
### Équité actuarielle versus redistribution sociale dans les régimes obligatoires
Les régimes de retraite obligatoires cherchent un équilibre délicat entre équité actuarielle et redistribution sociale. L’équité actuarielle signifie que les pensions versées sont proportionnelles aux cotisations versées et à la durée de vie attendue : chacun récupère, en moyenne, l’équivalent actualisé de ce qu’il a contribué. La redistribution, au contraire, vise à corriger certaines inégalités de carrière ou de revenus, en accordant des droits supplémentaires à ceux qui ont connu des interruptions d’activité ou des salaires faibles.
En pratique, le système français combine les deux approches. La composante contributive se traduit par le calcul des pensions sur la base des salaires et des trimestres validés (ou des points acquis). La composante redistributive se manifeste à travers des dispositifs comme le minimum contributif, les majorations pour enfants, la prise en compte des périodes de chômage ou de maladie, ou encore les pensions de réversion. Cette double logique pose une question centrale : jusqu’où aller dans la solidarité sans remettre en cause la perception, par les cotisants, d’un lien clair entre ce qu’ils versent et ce qu’ils recevront plus tard ?
Défis structurels du financement des retraites par répartition
### Déséquilibre comptable du COR et projections du besoin de financement
Les rapports successifs du Conseil d’orientation des retraites dressent un constat nuancé mais préoccupant : à paramètres inchangés, le système resterait globalement en déficit sur la majeure partie des prochaines décennies. Après un court épisode d’excédent en 2023 (+3,8 milliards d’euros), le COR anticipe un retour au déficit, autour de 1,7 milliard en 2024 puis environ 5 milliards en 2025, en raison notamment du ralentissement de la croissance et de la montée en charge des départs à la retraite des générations nombreuses du baby-boom.
À moyen et long terme, les scénarios du COR montrent que le besoin de financement pourrait osciller entre 0,3 % et 1 % du PIB selon les hypothèses retenues (croissance, chômage, productivité, politique salariale dans la fonction publique). Rapporté aux montants en jeu – près de 14 % du PIB consacrés aux retraites – ce déficit peut sembler maîtrisable, mais il s’ajoute à d’autres contraintes budgétaires (santé, éducation, transition écologique). La question centrale devient alors : quelles réformes accepter collectivement pour sécuriser la retraite par répartition sans fragiliser l’économie ni creuser les inégalités ?
### Leviers d’ajustement : âge légal, durée de cotisation et taux de remplacement
Face à ces tensions structurelles, les pouvoirs publics disposent de trois grands leviers d’ajustement. Le premier est l’âge légal de départ à la retraite, relevé progressivement de 60 à 62 ans en 2010, puis à 64 ans avec la réforme de 2023. Reporter cet âge permet mécaniquement de réduire la durée moyenne de versement des pensions et d’augmenter, au moins en théorie, le nombre d’années de cotisation.
Le deuxième levier concerne la durée de cotisation requise pour bénéficier d’une retraite à taux plein, portée à 43 ans (172 trimestres) pour les générations nées à partir de 1965. Enfin, le troisième levier touche au taux de remplacement, c’est-à-dire le rapport entre la pension perçue et le dernier salaire ou le salaire moyen de carrière. Le COR prévoit une baisse progressive du taux de remplacement moyen, passant d’environ 54 % du revenu d’activité moyen aujourd’hui à près de 45 % en 2070. En pratique, cela signifie que la retraite par répartition assurera de moins en moins à elle seule le maintien intégral du niveau de vie antérieur, ce qui renforce l’intérêt de solutions complémentaires d’épargne retraite pour ceux qui le peuvent.
### Fiscalisation partielle via la CSG et contribution additionnelle de solidarité
Pour compléter le financement des retraites, la France a également recours à une fiscalisation partielle du système. La Contribution sociale généralisée (CSG), prélevée sur la plupart des revenus, participe au financement de la protection sociale, dont une partie des retraites. Par ailleurs, certaines prestations ou régimes peuvent bénéficier de subventions d’équilibre financées par l’impôt, notamment lorsque le nombre de retraités dépasse largement celui des cotisants (cas de certains régimes spéciaux ou de la retraite des Mines).
Cette hybridation entre cotisations sociales et financements d’origine fiscale a deux conséquences majeures. D’une part, elle renforce la dimension nationale et solidaire du système, puisqu’une partie des ressources ne dépend plus directement des seules cotisations sur les salaires. D’autre part, elle soulève la question de la lisibilité pour les assurés : qui paie quoi et pour qui ? Pour vous, en tant que futur retraité, l’enjeu est de comprendre que la retraite par répartition n’est plus financée uniquement par vos cotisations, mais aussi, indirectement, par l’ensemble des contribuables.
Réformes paramétriques successives depuis 1993
### Loi Balladur 1993 : indexation sur les prix et calcul sur 25 meilleures années
La réforme dite Balladur de 1993 marque un tournant majeur dans l’histoire de la retraite par répartition. Pour les salariés du secteur privé, elle a allongé la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une pension à taux plein, passant de 150 à 160 trimestres. Surtout, elle a modifié la règle de calcul de la pension de base : au lieu de retenir les 10 meilleures années de salaire, le régime général prend désormais en compte les 25 meilleures années, ce qui réduit mécaniquement le salaire annuel moyen de référence pour de nombreuses carrières.
Autre changement crucial : l’indexation des pensions n’est plus effectuée sur l’évolution des salaires mais sur celle des prix. Cette bascule a un impact progressif mais puissant : au fil du temps, les pensions évoluent moins vite que les salaires, ce qui contribue à diminuer le poids des retraites dans la richesse nationale, mais aussi à réduire le taux de remplacement moyen. Pour vous, cela se traduit par une pension plus stable en pouvoir d’achat, mais qui suit moins la progression salariale des actifs.
### Réforme Fillon 2003 : harmonisation public-privé et décote-surcote
La réforme Fillon de 2003 a poursuivi l’ajustement du système, en particulier en cherchant une plus grande harmonisation entre secteur public et secteur privé. Elle a prévu un rapprochement progressif de la durée de cotisation des fonctionnaires vers celle des salariés du privé, avec pour objectif 40 annuités en 2008, puis des allongements futurs en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. Cette logique vise à faire supporter de manière plus homogène l’effort d’adaptation démographique par l’ensemble des actifs.
La réforme a également introduit les mécanismes de décote et de surcote. Une décote s’applique lorsque l’assuré liquide sa retraite sans avoir validé la durée de cotisation requise, ce qui réduit le montant de la pension. À l’inverse, la surcote récompense la poursuite d’activité au-delà de la durée nécessaire au taux plein, en majorant la pension. Ces dispositifs incitent chacun à adapter son âge de départ en fonction de sa propre trajectoire de carrière, tout en contribuant à augmenter l’âge moyen de sortie du marché du travail.
### Loi Touraine 2014 : compte pénibilité et parcours professionnels
La loi Touraine de 2014 a introduit une nouvelle logique, plus centrée sur les parcours professionnels et la prise en compte de la pénibilité au travail. Elle a programmé un nouvel allongement de la durée de cotisation jusqu’à 43 ans pour les générations nées à partir de 1973, tout en créant le compte personnel de prévention de la pénibilité (devenu compte professionnel de prévention – C2P). Ce compte permet aux salariés exposés à certains facteurs de pénibilité (travail de nuit, bruit, port de charges lourdes, etc.) d’acquérir des points qu’ils peuvent utiliser pour financer une formation, réduire leur temps de travail ou partir plus tôt à la retraite.
En pratique, cette réforme reconnaît que tous les actifs ne vieillissent pas de la même façon au travail. Elle tente d’introduire une forme d’équité horizontale : deux personnes ayant cotisé le même nombre d’années mais dans des conditions d’exposition différentes ne devraient pas forcément partir au même âge ni percevoir la même pension. Pour vous, si votre carrière a été marquée par des conditions de travail difficiles, ce type de mécanisme peut ouvrir des droits à un départ anticipé ou à un aménagement de fin de carrière.
### Réforme Macron 2023 : recul de l’âge légal à 64 ans et accélération de la durée de cotisation
La réforme portée par le gouvernement d’Emmanuel Macron en 2023 constitue l’un des ajustements les plus significatifs de ces dernières années. Elle a relevé l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, avec une montée en charge progressive selon l’année de naissance. Par ailleurs, elle a accéléré l’application de la durée de cotisation de 43 ans (172 trimestres), désormais pleinement requise pour les générations nées à partir de 1965, au lieu de 1973 comme initialement prévu par la loi Touraine.
La réforme a également revu certains dispositifs de carrières longues, ajusté des régimes spéciaux et mis en avant la nécessité de développer l’emploi des seniors, condition indispensable pour que le recul de l’âge légal se traduise réellement par des années de cotisation supplémentaires. Pour vous, cette réforme implique de repenser la trajectoire de fin de carrière : anticiper votre âge de départ, vérifier vos trimestres acquis et, le cas échéant, envisager des solutions d’épargne complémentaire si vous souhaitez maintenir un certain niveau de vie à la retraite.
Modèles alternatifs et comparaisons internationales des systèmes de retraite
### Système suédois à comptes notionnels et pilotage automatique
La Suède offre un exemple souvent cité de système de retraite par répartition réformé en profondeur. Dans les années 1990, le pays a instauré un dispositif à comptes notionnels : chaque assuré dispose d’un compte virtuel sur lequel sont inscrites ses cotisations, revalorisées chaque année en fonction de la croissance de la masse salariale. Au moment de la retraite, le montant accumulé sur ce compte est converti en rente en tenant compte de l’espérance de vie de la génération. Plus l’espérance de vie augmente, plus la rente initiale est ajustée à la baisse, sauf si l’assuré recule son âge de départ.
Ce système présente un avantage majeur : il intègre un pilotage automatique de l’équilibre financier. En cas de dégradation durable des paramètres (croissance faible, démographie défavorable), un mécanisme de stabilisation ajuste temporairement le niveau des pensions pour éviter les déficits. On peut voir ce modèle comme une répartition « personnalisée », où vous visualisez mieux le lien entre vos cotisations et votre future pension, tout en conservant une solidarité de base entre générations.
### Modèle hybride néerlandais combinant répartition et capitalisation collective
Les Pays-Bas ont mis en place un modèle hybride souvent considéré comme l’un des plus robustes au monde. Il repose sur trois piliers complémentaires. Le premier est une pension publique de base, financée par répartition et par l’impôt, qui garantit un niveau minimal de revenus pour les personnes âgées. Le deuxième pilier est constitué de régimes professionnels obligatoires par capitalisation collective, gérés par des fonds de pension de branche ou d’entreprise. Le troisième pilier regroupe l’épargne individuelle volontaire.
Dans ce modèle, la capitalisation n’est pas laissée à la seule initiative individuelle : elle est organisée collectivement, avec une forte régulation et une mutualisation des risques de longévité et de placement. Pour un assuré néerlandais, cela signifie qu’une partie importante de sa future retraite proviendra de ces fonds de pension, investis à long terme sur les marchés, tout en bénéficiant d’une base publique par répartition. Cette architecture montre qu’il est possible de combiner solidarité intergénérationnelle et accumulation de capital, à condition de mettre en place des règles de gouvernance strictes et transparentes.
### Architecture du système allemand par points et ajustement du coefficient de revalorisation
L’Allemagne illustre une autre variante de la retraite par répartition, structurée autour d’un système par points. Chaque année, les assurés acquièrent des points de retraite en fonction de leur salaire relatif par rapport au salaire moyen de l’ensemble des assurés. Au moment de la liquidation, la pension est calculée en multipliant le nombre total de points par la valeur du point, revalorisée chaque année.
Ce mécanisme est couplé à un coefficient de soutenabilité, qui permet d’ajuster l’évolution de la valeur du point en fonction de l’équilibre financier du régime et de la structure démographique. En pratique, si la proportion de retraités augmente trop rapidement par rapport aux actifs, la revalorisation des pensions peut être freinée. L’objectif est de stabiliser la part des dépenses de retraite dans le PIB à long terme. Pour les assurés allemands, ce système se traduit par une grande lisibilité des droits acquis, mais aussi par une acceptation implicite : en cas de choc démographique ou économique, la priorité est donnée à l’équilibre financier, quitte à modérer la progression des pensions.