Le calcul de la retraite de base constitue l’une des préoccupations majeures des salariés français approchant de la fin de leur carrière professionnelle. Ce mécanisme complexe, géré par la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), détermine le montant des pensions versées par le régime général de la Sécurité sociale. Comprendre les rouages de ce système permet d’anticiper ses revenus futurs et d’optimiser sa stratégie de départ à la retraite.

La pension de base représente généralement entre 40 et 50% des revenus d’activité pour un salarié ayant effectué une carrière complète. Cette proportion varie selon plusieurs paramètres essentiels : le salaire annuel moyen, la durée d’assurance validée et l’âge de liquidation des droits. La formule de calcul, bien que technique, repose sur des principes équitables visant à garantir un niveau de vie décent aux retraités tout en préservant l’équilibre financier du système.

Mécanisme de calcul du salaire annuel moyen pour la retraite de base

Le salaire annuel moyen (SAM) constitue la pierre angulaire du calcul de la pension de base. Cette donnée représente la moyenne des revenus d’activité soumis à cotisations sur une période déterminée de la carrière professionnelle. Le principe retenu par le régime général privilégie les années les plus favorables pour éviter de pénaliser les assurés ayant connu des périodes de revenus moindres ou d’interruption d’activité.

Détermination des 25 meilleures années de cotisations

La réglementation française retient les 25 années civiles de salaires les plus élevés pour calculer le SAM. Cette règle s’applique aux assurés ayant cotisé au moins 25 années au régime général. Pour ceux ayant une durée de cotisation inférieure, l’ensemble des années cotisées est pris en compte. Ce mécanisme permet de neutraliser l’impact des années de faibles revenus, des débuts de carrière ou des périodes de chômage indemnisé.

L’identification des meilleures années s’effectue après application des coefficients de revalorisation sur chaque salaire annuel. Cette méthode garantit une comparaison équitable entre les revenus perçus à différentes époques, en tenant compte de l’évolution du pouvoir d’achat et de l’inflation. Les salaires des années récentes ne sont donc pas automatiquement privilégiés par rapport aux revenus plus anciens.

Application du plafond de la sécurité sociale sur les revenus

Chaque salaire annuel retenu dans le calcul du SAM ne peut excéder le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) en vigueur l’année considérée. Ce plafond, fixé à 48 060 euros pour 2026, limite la prise en compte des hauts revenus dans le calcul des droits à pension. Cette règle d’écrêtement reflète le caractère solidaire du système de retraite français, où les cotisations et les prestations sont plafonnées.

L’application de ce plafond concerne exclusivement les revenus soumis à cotisations de base. Les éléments de rémunération dépassant le PASS donnent lieu à cotisations auprès des régimes complémentaires obligatoires, notamment l’AGIRC-ARRCO. Cette répartition entre régimes de base et complémentaires assure une couverture retraite sur l’ensemble de la rémunération, tout en maintenant des taux de remplacement équilibrés selon les niveaux de revenus.

Revalorisation des salaires

Avant d’être comparés entre eux, ces salaires bruts sont revalorisés au moyen de coefficients publiés chaque année. L’objectif est de « remonter dans le temps » la valeur de vos anciens revenus, comme si vous les aviez perçus dans le contexte économique actuel. Sans cette revalorisation, un salaire de 15 000 € perçu dans les années 1990 pèserait mécaniquement beaucoup moins qu’un salaire identique perçu récemment, alors qu’en réalité son pouvoir d’achat était souvent plus élevé.

Ces coefficients de revalorisation sont fixés par arrêté ministériel, en fonction notamment de l’évolution des prix. Ils s’appliquent à chaque année de salaire, à l’exception des années les plus récentes, qui ne sont pas ou peu revalorisées. En pratique, la CNAV applique ces coefficients automatiquement : vous n’avez aucun calcul à faire, mais comprendre ce mécanisme vous permet de mieux interpréter vos relevés de carrière et vos estimations de retraite.

Revalorisation des salaires selon les coefficients AGIRC-ARRCO

Dans la pratique, deux logiques de revalorisation coexistent : celle de la CNAV pour la retraite de base et celle de l’AGIRC‑ARRCO pour la retraite complémentaire. Pour la pension de base CNAV, ce sont les coefficients de revalorisation du régime général qui sont utilisés pour transformer vos anciens salaires en « salaires actuels ». Pour la retraite complémentaire, ce sont les valeurs d’achat et de service du point AGIRC‑ARRCO qui jouent ce rôle d’actualisation.

Pourquoi parler des coefficients AGIRC‑ARRCO dans le calcul de la retraite de base ? Tout simplement parce que, dans votre simulation globale de retraite, vous devez garder en tête que vos droits de base et vos droits complémentaires ne sont pas actualisés de la même façon. Les points accumulés auprès de l’AGIRC‑ARRCO sont, eux, revalorisés chaque année par décision des partenaires sociaux, généralement proche de l’inflation, mais selon leurs propres règles. Lorsque vous consultez un relevé de situation individuelle, vous voyez donc déjà des montants exprimés en euros actuels, issus de ces différents mécanismes de revalorisation.

Si vous cherchez à reconstituer vous‑même votre future retraite, il est important de ne pas mélanger ces deux systèmes. Les coefficients de revalorisation CNAV s’appliquent uniquement aux salaires qui servent au calcul du salaire annuel moyen, alors que les paramètres AGIRC‑ARRCO s’appliquent aux points déjà acquis. Cette distinction explique pourquoi, à carrière identique, la part complémentaire de votre retraite peut évoluer différemment de la part de base.

Calcul de la moyenne arithmétique des salaires revalorisés

Une fois les 25 meilleures années identifiées, plafonnées et revalorisées, la CNAV calcule une moyenne arithmétique simple pour déterminer votre salaire annuel moyen. On additionne les 25 salaires annuels revalorisés, puis on divise le total par 25. Si vous avez moins de 25 années cotisées au régime général, la somme est divisée par le nombre réel d’années validées, ce qui peut mécaniquement diminuer votre salaire moyen de référence.

On peut comparer ce processus à une moyenne de notes sur vos 25 meilleurs « examens » professionnels. Chaque année de salaire revalorisé est une note, et le salaire annuel moyen est la moyenne de ces notes, après harmonisation dans la même unité de valeur. Plus vos meilleures années sont regroupées sur des niveaux de rémunération élevés (dans la limite du PASS), plus votre SAM sera élevé et plus votre retraite de base aura un niveau confortable.

Concrètement, si vos 25 meilleures années revalorisées représentent en moyenne 38 000 €, votre salaire annuel moyen sera de 38 000 €. C’est ce montant qui entrera ensuite dans la formule officielle de calcul de la retraite CNAV, multiplié par votre taux de liquidation (taux plein, décote ou surcote) et par le rapport entre vos trimestres validés et les trimestres requis pour votre génération.

Système de décote et surcote dans le calcul CNAV

Le second pilier du calcul de la retraite de base est le taux de liquidation. Ce taux varie entre environ 37,5 % et 50 %; il dépend principalement du nombre de trimestres validés et de l’âge auquel vous décidez de liquider vos droits. Le régime général applique un système de décote et de surcote pour encourager la poursuite de l’activité ou, au contraire, pénaliser un départ anticipé sans durée d’assurance suffisante.

Application de la décote de 1,25% par trimestre manquant

Si vous partez à la retraite avant d’atteindre soit le nombre de trimestres requis pour le taux plein, soit l’âge du taux plein automatique (67 ans dans la plupart des cas), votre taux de liquidation subit une minoration permanente appelée décote. Dans le langage courant, on dit souvent « une décote de 1,25 % par trimestre manquant », mais dans le régime général CNAV, la baisse du taux plein de 50 % est en réalité de 0,625 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres.

En pratique, cela signifie que le taux de liquidation peut être réduit au maximum de 12,5 points de pourcentage (20 x 0,625 %), pour atteindre un minimum d’environ 37,5 %. La décote se calcule sur le plus petit des deux nombres suivants : le nombre de trimestres qui vous manque pour atteindre la durée d’assurance requise pour votre génération, ou le nombre de trimestres qui vous sépare de l’âge de 67 ans. Cette mécanique évite de trop pénaliser les personnes qui, même en poursuivant leur carrière, ne pourraient pas rattraper toutes leurs années manquantes.

Imaginons par exemple que vous soyez né en 1965, avec une durée d’assurance requise de 172 trimestres pour le taux plein. Si vous partez à 64 ans avec seulement 164 trimestres, il vous manquera 8 trimestres pour le taux plein. Le taux de 50 % sera alors réduit de 8 x 0,625 %, soit 5 points de pourcentage, pour aboutir à un taux de liquidation de 45 %. Cette baisse s’applique définitivement à votre pension de base.

Mécanisme de surcote de 1,25% par trimestre supplémentaire

À l’inverse, si vous continuez à travailler au‑delà de l’âge légal alors que vous avez déjà atteint le nombre de trimestres requis, vous pouvez bénéficier d’une majoration de votre taux de liquidation : c’est la surcote. Celle‑ci est de 1,25 % par trimestre civil supplémentaire travaillé et cotisé, au‑delà de la durée nécessaire pour le taux plein et après l’âge légal de départ.

On peut comparer la surcote à un « bonus de fidélité » au système. Chaque trimestre supplémentaire accompli dans ces conditions augmente votre taux de 1,25 point de pourcentage, sans plafond autre que la durée réelle de votre prolongation d’activité. Cet avantage est particulièrement intéressant si vous avez des revenus élevés en fin de carrière, puisque la surcote s’applique sur la base du même salaire annuel moyen.

Par exemple, si votre situation vous permet déjà d’obtenir une retraite à taux plein à 64 ans, mais que vous décidez de travailler un an de plus, vous engrangez 4 trimestres de surcote. Votre taux de 50 % sera alors porté à 55 % (50 + 4 x 1,25). Sur un salaire annuel moyen de 40 000 €, cela représente un gain de 2 000 € bruts de pension de base par an, à vie. Vous comprenez ainsi pourquoi il est important de simuler plusieurs scénarios de départ avant de prendre votre décision.

Neutralisation de la décote par les trimestres assimilés

Les trimestres pris en compte pour apprécier la durée d’assurance ne sont pas uniquement des trimestres cotisés liés à une activité professionnelle. Le régime général reconnaît également des trimestres assimilés, attribués pour certaines périodes non travaillées mais socialement protégées : chômage indemnisé, maladie, maternité, invalidité, service national, entre autres.

Ces trimestres assimilés permettent de neutraliser une partie de la décote, car ils s’ajoutent aux trimestres cotisés dans le calcul de votre durée totale d’assurance. Ils ne génèrent pas eux‑mêmes de salaire dans le calcul du SAM, mais ils comptent pour atteindre ou se rapprocher du seuil de trimestres exigés pour le taux plein. En d’autres termes, ils jouent un rôle essentiel sur le taux de liquidation, sans intervenir sur la base de calcul.

Dans certains parcours de vie marqués par des accidents de carrière (licenciement, longue maladie, invalidité), ces trimestres assimilés peuvent faire la différence entre une retraite à taux plein et une retraite fortement minorée. C’est pourquoi il est crucial de vérifier, sur votre relevé de carrière, que l’ensemble de ces périodes ont bien été prises en compte, et de demander une régularisation si nécessaire plusieurs années avant la date envisagée de départ.

Impact du dispositif carrières longues sur la surcote

Le dispositif de retraite anticipée pour carrières longues permet à certains assurés ayant commencé à travailler très jeunes et totalisant un nombre important de trimestres cotisés de partir avant l’âge légal, parfois dès 58 ou 60 ans, selon la génération et le profil. Ce mécanisme ouvre droit au taux plein de 50 % sans décote, à condition de réunir les critères spécifiques de début d’activité précoce et de durée d’assurance cotisée.

Quel lien avec la surcote ? Si vous êtes éligible à une retraite anticipée au titre des carrières longues, vous pouvez choisir de ne pas partir dès la première date possible et de prolonger votre activité au‑delà de votre âge d’ouverture de droit à taux plein. Dans ce cas, chaque trimestre supplémentaire accompli après cette date vous ouvre droit à une surcote de 1,25 %, comme pour un assuré « classique » ayant dépassé l’âge légal et la durée requise.

Concrètement, un assuré carrière longue qui aurait pu partir à 60 ans à taux plein, mais qui décide finalement de travailler jusqu’à 62 ans, bénéficie de 8 trimestres de surcote, soit 10 points de pourcentage de plus sur son taux. Il passe ainsi de 50 % à 60 % de son salaire annuel moyen. C’est une marge de manœuvre importante pour ceux qui souhaitent à la fois profiter du dispositif carrières longues et sécuriser un meilleur niveau de pension.

Taux de liquidation et durée d’assurance requise

Le taux de liquidation et la durée d’assurance requise forment un couple indissociable dans le calcul de la retraite de base. Le premier détermine le pourcentage appliqué à votre salaire annuel moyen ; la seconde conditionne l’accès au taux plein et l’éventuelle application d’une décote ou d’une surcote. Comprendre l’évolution de ces paramètres selon votre génération est indispensable pour anticiper correctement votre date de départ.

Évolution du taux plein de 37,5 à 43 annuités selon la génération

Historiquement, la retraite à taux plein s’obtenait avec 37,5 annuités, soit 150 trimestres. Les réformes successives, notamment celles de 2003, 2010 et 2014, puis la réforme de 2023, ont progressivement allongé la durée d’assurance requise. Désormais, pour les générations nées à partir de 1965, il faut justifier de 172 trimestres, soit 43 années d’assurance, pour bénéficier du taux plein avant 67 ans.

Ce relèvement progressif vise à tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et de l’équilibre financier du système de retraite par répartition. Plus concrètement pour vous, cela signifie que deux assurés ayant perçu le même salaire annuel moyen, mais nés à dix ans d’intervalle, n’auront pas forcément à valider le même nombre de trimestres pour obtenir une retraite de base à taux plein. La règle de référence dépend strictement de votre année de naissance.

Il est donc essentiel, lorsque vous simulez votre future pension, de vous appuyer sur le bon seuil de trimestres pour votre génération. Une confusion de ce type peut conduire à surestimer ou sous‑estimer significativement votre taux de remplacement. Les services en ligne officiels comme Mon estimation retraite sur Info‑retraite.fr intègrent automatiquement ces paramètres en fonction de votre date de naissance.

Calcul du taux de liquidation proportionnel selon la règle du prorata

Lorsque vous n’atteignez pas la durée d’assurance requise pour votre génération, mais que vous liquidez tout de même vos droits avant 67 ans, deux effets se combinent : la décote sur le taux et la règle du prorata de durée d’assurance. La formule CNAV prévoit en effet que votre pension de base est égale à : Salaire annuel moyen × Taux de liquidation × (Durée d’assurance au régime général / Durée d’assurance requise pour le taux plein).

Ce rapport entre trimestres validés au régime général et trimestres requis agit comme un second levier de réduction ou, au contraire, de maintien du montant de votre pension. Par exemple, si vous disposez de 150 trimestres au régime général alors que 172 sont nécessaires pour votre génération, le facteur de prorata sera de 150/172, soit environ 0,872. Même à taux plein, ce simple rapport réduit mécaniquement le montant de la pension servie par la CNAV.

On peut comparer ce mécanisme à une règle de « part de carrière » : plus votre carrière est longue dans le régime général, plus la part de pension qui vous revient est élevée par rapport à la reference maximale. Si vous avez connu des périodes dans plusieurs régimes (fonction publique, régimes spéciaux, professions libérales), chacun appliquera sa propre règle de prorata, et le total de vos pensions reflétera la répartition de votre carrière entre ces différents régimes.

Validation des trimestres cotisés et assimilés au régime général

Valider un trimestre au régime général ne signifie pas nécessairement avoir travaillé trois mois à temps plein. Pour les salariés du privé et, désormais, pour la plupart des indépendants, un trimestre est validé dès lors que le salaire brut soumis à cotisations atteint un seuil minimal, égal à 150 fois le Smic horaire brut de l’année considérée. En 2026, cela représente un peu moins de 1 800 € de salaire brut pour valider un trimestre.

Il n’est jamais possible de valider plus de quatre trimestres par année civile, même si vos revenus dépassent largement ce seuil. C’est pourquoi les rémunérations très élevées sur une courte période ne permettent pas de « rattraper » des années entières de cotisation manquantes. En parallèle, comme évoqué plus haut, des trimestres assimilés sont accordés pour certaines périodes non travaillées, ce qui évite que les accidents de parcours n’entraînent des trous irrattrapables dans la carrière.

Pour optimiser votre durée d’assurance, vous pouvez également recourir au rachat de trimestres (années d’études supérieures ou années incomplètes, dans certaines limites) ou vérifier que toutes vos périodes d’activité, notamment en début de carrière, ont bien été reportées sur votre relevé de carrière. Une vérification régulière, dès la quarantaine, permet souvent de corriger des anomalies à temps et de réduire le risque de décote injustifiée.

Application des majorations de durée d’assurance pour enfants

Les enfants ouvrent droit à des majorations de durée d’assurance qui peuvent jouer un rôle déterminant dans l’accès au taux plein. Dans le régime général, chaque enfant donne en principe droit à 8 trimestres de majoration : 4 trimestres pour la maternité ou l’adoption et 4 trimestres pour l’éducation, répartis selon des règles spécifiques entre la mère et, le cas échéant, le père.

Ces trimestres supplémentaires sont ajoutés à votre durée d’assurance totale, ce qui peut vous permettre d’atteindre plus rapidement le nombre de trimestres requis pour votre génération et donc d’éviter une décote. Attention toutefois : ces majorations de durée d’assurance pour enfants n’augmentent pas votre salaire annuel moyen, ni le nombre d’années retenues dans les 25 meilleures. Elles jouent uniquement sur le compteur de trimestres et, par ricochet, sur le taux et le prorata de durée d’assurance.

En parallèle, il existe une majoration de montant de pension de 10 % pour les parents de trois enfants et plus, applicable à la fois sur la retraite de base et souvent sur la retraite complémentaire. Vous le voyez : la parentalité est prise en compte à deux niveaux distincts – durée d’assurance et montant – ce qui rend d’autant plus nécessaire de vérifier vos droits familiaux sur vos relevés individuels de situation.

Formule officielle de calcul de la pension CNAV

Une fois tous ces paramètres définis – salaire annuel moyen, taux de liquidation, durée d’assurance validée et trimestres requis – la pension de base du régime général se calcule selon une formule unique. Cette formule est la suivante :

Pension de base annuelle = Salaire annuel moyen × Taux de liquidation × (Durée d’assurance régime général / Durée d’assurance requise pour le taux plein)

La pension mensuelle brute est ensuite obtenue en divisant ce résultat par 12. À ce montant peuvent s’ajouter, le cas échéant, des majorations pour enfants, une majoration pour tierce personne ou l’application du minimum contributif si votre pension de base calculée à taux plein reste faible. À l’inverse, le montant de votre retraite de base ne peut pas dépasser 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale l’année de votre départ, sauf en cas de surcote qui peut permettre un léger dépassement.

Vouloir appliquer cette formule soi‑même peut sembler tentant, mais les paramètres à prendre en compte sont nombreux : coefficients de revalorisation, plafonds, durées assimilées, règles de coordination avec d’autres régimes, etc. C’est pour cela qu’il est fortement recommandé d’utiliser les simulateurs officiels et de vérifier les estimations fournies par la CNAV et Info‑retraite plutôt que de baser votre stratégie de départ sur un calcul « maison » approximatif.

Mécanismes de coordination avec les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO

La retraite de base CNAV n’est qu’une partie de votre future pension. Pour la plupart des salariés du secteur privé, elle est complétée par la retraite complémentaire AGIRC‑ARRCO, calculée en points. Les deux régimes fonctionnent de manière coordonnée, mais indépendante : chacun applique ses propres règles de calcul et vous verse une pension séparée, même si les âges de départ et les notions de taux plein/décote sont largement harmonisés.

Pour la retraite complémentaire, le montant de votre pension est égal à : Nombre total de points AGIRC‑ARRCO × Valeur de service du point. Au 1er novembre 2025, cette valeur est fixée à 1,4386 € par point, mais elle peut évoluer chaque année. Le nombre de points dépend de vos salaires soumis à cotisations, de la tranche de rémunération et des taux de calcul de points. Des majorations peuvent également intervenir, notamment pour enfants, comme pour la retraite de base.

La coordination entre CNAV et AGIRC‑ARRCO se fait principalement au niveau de l’âge et de la durée d’assurance. Si vous partez à la retraite de base avec une décote, un coefficient de minoration définitif peut également être appliqué sur vos points complémentaires. À l’inverse, un départ à taux plein dans le régime général facilite l’obtention d’une retraite complémentaire sans minoration. C’est pourquoi il est important de raisonner en « pension totale » (base + complémentaire) lorsqu’on choisit sa date de départ, et pas uniquement en fonction de la seule pension de base.

Revalorisation annuelle et indexation sur l’inflation des pensions

Une fois votre retraite liquidée, le montant de votre pension de base n’est pas figé pour toujours. La CNAV procède chaque année, au 1er janvier, à une revalorisation des pensions en fonction de l’évolution des prix à la consommation hors tabac. L’objectif est de préserver, au moins en partie, votre pouvoir d’achat face à l’inflation. Cette indexation n’est pas parfaitement automatique : le gouvernement peut, dans certains contextes budgétaires, décider d’ajuster à la hausse ou à la baisse le taux de revalorisation.

La retraite complémentaire AGIRC‑ARRCO est, elle aussi, revalorisée annuellement, mais selon des modalités propres, décidées par les partenaires sociaux. La valeur du point peut évoluer différemment de l’inflation et du mode d’indexation des pensions de base, ce qui explique que, sur le long terme, la part complémentaire de vos revenus de retraite ne suit pas toujours exactement la même trajectoire que la part de base.

Pour vous, retraité ou futur retraité, l’enjeu est double : d’une part, comprendre qu’une pension annoncée aujourd’hui en euros courants continuera à évoluer dans le temps ; d’autre part, garder à l’esprit que ces revalorisations restent généralement inférieures à la dynamique de vos revenus d’activité. C’est ce différentiel qui justifie, pour beaucoup d’actifs, la constitution d’une épargne complémentaire (PER, assurance vie, immobilier locatif) afin de sécuriser leur niveau de vie sur la durée de la retraite.